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Le Blog d'Emmanuel Y. Boussou

Espace d'échange d'idées sur la Côte d'Ivoire, sa quête de la paix et son devenir

15 novembre 2006

La sortie de crise n’est ni au bout de la baïonnette, ni dans la lecture de la Constitution, mais dans la pratique de l’humilité

Monsieur le Président,

J’ai choisi la date du 15 novembre 2006, journée de la Paix, pour vous adresser cette lettre ouverte. Bien qu’étant habité de doute et de scepticisme quant à l’usage que vous en feriez, je me suis résolu à vous écrire cette missive, faisant suite à celle que j’ai rédigée et fait publier en septembre 2005, à la veille de la fin statutaire de votre mandat.

A mon humble avis, vous avez eu plusieurs occasions d’engager notre pays sur le chemin de la paix et de la réconciliation, depuis la nuit fatidique du 18 au 19 septembre 2002. Mais, deux de ces occasions me semblent charnières : la première vous a été offerte à travers votre discours à la Nation, au début de cette crise, lorsque vous êtes revenu de Rome. La deuxième a coïncidé avec la fin statutaire de votre mandat sanctionnée par l’adoption de la Résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Inutile de revenir sur la position que vous avez adoptée à ces occasions et que vous et votre entourage continuez de tenir, ce qui a contribué à la radicalisation de l’espace public, perpétuant, par ricochet, la crise. 

La première transition ayant été soldée par un échec dans la quête de la paix, vous avez une ultime occasion d’œuvrer au retour de la concorde et de la réconciliation nationales dans notre pays. Pour ce faire, la voie qui me semble la plus idoine est celle qui consisterait, pour vous, à agir en homme d’Etat, plutôt qu’en homme de clan, dans l’humilité, la candeur et la générosité. Il est, en toute logique, vain de courir derrière une autorité que vous n’avez plus, régnant sur un pays coupé en deux et dont les grandes décisions sont prises dans le cadre de rencontres internationales. Il faudrait que vous ayez pour souci, de manière exclusive, la Côte d’Ivoire, l’état de santé de son économie en décrépitude avancée, son corps social et sa conscience morale du moment rongés par de profondes incertitudes et l’abîme dans lequel ses peuples s’enfoncent sur fond de contentieux politiques sans fin.

Vous avez le devoir, à travers la nouvelle transition définie par la Résolution 1721, d’engager notre pays dans la réconciliation avec lui-même. Il n’est point besoin d’esquive, de subterfuge, de dilatoire. Vous n’avez aucune raison de résister indéfiniment contre vous-même, contre vos compatriotes, contre la Côte d’Ivoire. Le faire serait une fuite en avant.

A mon avis, votre combat n’est pas une lutte de libération de notre pays. Il apparaît comme une prise d’otage. Cet otage est vous-même d’abord, ensuite vos compatriotes et la Côte d’Ivoire, que vous et vos partisans avez mis sur l’autel du maintien de votre régime. Vous êtes dans une logique de confiscation de pouvoir et à cette fin, vous faites feu de tous bois. Au lieu de percevoir dans la politique un engagement au service de notre pays, votre approche et votre pratique en font un métier de ruse et de roublardise. Ainsi, avec vous, la politique, dans ce qu’elle a de trivial et machiavélique, devient une finalité en lieu et place d’un instrument au service de la construction de notre patrie.

« Le sage se trouve au village ». Il est en chacun de nous issus du terroir ivoirien. Il procède du génie du bois sacré de nos villages que nous avons conservé, chacun, en nous, dans l’espace urbain  et moderne dans lequel nous évoluons aujourd’hui. Le sage nous parle dans la nuit noire, lorsque nous sommes seuls face à nous-mêmes, à notre conscience, dans la nudité et l’humilité.

Le sage est également en vous, même si quelquefois, dans l’enivrement du lucre du pouvoir, vous l’étouffez. Il est dans la capacité que vous avez d’impulser un élan de sacrifice, de dévouement et d’altruisme au bénéfice de la paix dans notre pays. Il est vrai que pour le moment, c’est une voix que vous vous efforcez d’oblitérer. Mais, elle est présente en vous et elle gémit. J’ose croire que c’est cette voix qui murmure, qui vous convainc de proposer, sans vraiment y croire, le règlement de la crise en faisant appel à nos propres ressources, bien que nous n’ayons jamais réussi à taire nos divergences pour ne voir que l’intérêt de notre patrie. Autant que moi, vous savez que c’est notre incapacité de gérer nos problèmes qui justifie la présence des autres auprès de nous pour soutenir notre effort dans la quête de la paix.

Monsieur le Président,

Pour que nous puissions aller à la reconquête de la paix, il nous faudrait nous entendre sur un minimum : déposer les armes, principalement celles que portent la plume et le micro. C’est la raison pour laquelle je voudrais vous suggérer de conseillez aux journaux, qui vous soutiennent, de baisser la garde, de pratiquer la modération, d’être mus par la tolérance. Dites-leur que le temps de la guerre est derrière nous. Qu’ils cessent de verser dans l’intoxication, l’invective et l’extrémisme !

Ce pays n’est pas fait d’ennemis. Même coupé en deux  par une rébellion, la Côte d’Ivoire reste une et indivisible. Plus que toute autre chose, l’unité de notre Nation est aujourd’hui un symbole, un idéal, un schème, qui ne saurait se concevoir et se soutenir fondamentalement qu’en esprit et exprimé dans des articles de journaux, qui contribuent au formatage de l’opinion publique. C’est de cette manière que nous pourrions la traduire dans les faits en reconstruisant un espace de convivialité, de partage et d’intégration.        

Organisez, comme vous savez si bien le faire, un rassemblement d’officiers supérieurs de l’Armée. Principalement ceux que vous avez nommés et qui constituent votre garde rapprochée, pour leur faire savoir que la Côte d’Ivoire a besoin de se réconcilier avec elle-même. Dites-leur que la paix dans notre pays est une valeur cardinale ; qu’elle est plus importante que le maintien d’un quelconque régime politique. Insistez sur le fait que cette paix ne saurait et ne pourrait s’obtenir par la baïonnette, mais sur la base d’un consensus entre toutes les composantes de la société ivoirienne à propos d’un vivre ensemble fait de tolérance, d’inclusion et d’harmonie. 

Remerciez les militaires de leur soutien à vous témoigné depuis le début de la crise et encouragez-les à s’engager résolument dans la réconciliation en reportant ce soutien sur la Côte d’Ivoire et sa soif de la paix. Qu’ils empruntent la voie tracée par la Résolution 1721 pour que, sous l’impulsion du Premier Ministre, ils puissent apporter leur pierre à la construction d’une Armée nouvelle et républicaine, à travers le processus de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion (DDR), et de l’Etat-major intégré.

Convoquez vos partisans, votre famille politique et la galaxie patriotique pour une concertation. Sans  solliciter des avis, rendez-leur un hommage pour toutes les actions qu’ils ont engagées pour la sauvegarde de votre régime. Tenez-leur, ensuite, un discours de vérité pour soutenir qu’aucun combat ne mérite d’être mené sur les décombres de la Côte d’Ivoire. Faites preuve de détermination, mais de finesse, pour décourager toute velléité de contestation, dans leur rang, d’une approche favorisant la quête de la paix dans notre pays. Exigez qu’ils mettent leurs énergies au service de la paix, de la concorde et de la reconstruction de notre patrie.

Aux jeunes patriotes, affirmez haut et fort que la jeunesse ivoirienne doit retourner à l’école, s’éduquer et se former, apprendre un métier et trouver un emploi qui lui permette de s’assumer. C’est de cette manière qu’elle pourrait faire jeu égal avec la jeunesse de tout pays. En votre qualité d’enseignant, apprenez à nos enfants que la première étape de toute libération porte sur celle qu’on entreprend sur soi-même, par l’éducation et la formation. Indiquez-leur la seule voie qui puisse leur permettre d’optimiser leurs potentialités et libérer leurs énergies au service de leur patrie : le travail. N’abusez plus jamais de la générosité de cette jeunesse. Ne permettez plus qu’elle soit instrumentalisée et sacrifiée pour mener un combat politique à la place des adultes ou une lutte quelconque en remplacement des forces militaires, car demain elle vous demandera des comptes.                      

Monsieur le Président,

A la fin de vos consultations avec les différentes couches de la population ivoirienne, faites une déclaration, une adresse à la Nation, pour lancer un message d’apaisement. Dans ce message, demandez, en toute humilité, pardon à toute la Côte d’Ivoire pour les peines que ses peuples endurent sous votre direction depuis six ans. Pas parce que vous êtes le seul responsable de la déchirure du tissu social ivoirien, mais, en votre qualité de chef de l’Etat, vous êtes comptable des maux qui minent la Nation ivoirienne.

Pour une fois, tendez la main, de façon honnête, sincère et candide, à tous nos frères et sœurs, qui ont aujourd’hui un contentieux avec votre régime et sa méthode de gestion du pays. Aux acteurs politiques de premier plan que sont MM. Ouattara et Bédié, adressez un message de fraternité, de réconciliation et de paix. Faites-le pour l’amour de la Côte d’Ivoire, sans calcul, sans orgueil et sans condescendance.

Parlez à MM. Soro et Dacoury, les yeux dans les yeux, pour leur exprimer la nécessité de mettre en veilleuse vos dissensions d’hier, qui ont contribué à l’éclatement de la crise d’aujourd’hui. Faites amende honorable en exprimant vos regrets à Mathias Doué, à Yao Yao Jules et à tous les officiers et hommes de rang de notre Armée, qui se trouvent en exil, pour l’humiliation et les brutalités qu’ils ont subies, pour les uns, et la persécution dont ils ont été victimes, pour les autres, malgré les services rendus à votre régime.      

Tenez un discours qui tranche avec tous ceux que vous avez prononcés jusqu’à présent. Affirmez à la face de la Nation ivoirienne et des amis de notre pays, qui nous accompagnent dans la gestion de notre crise, que pour notre patrie et sa jeunesse, rien n’est plus précieux que la paix. Prenez l’engagement d’œuvrer au retour de la paix, même si cela nécessite le sacrifice de votre fauteuil ou de la Constitution ivoirienne. Détournez-vous de toute voie susceptible de bloquer la transition. Vous accrocher à une interprétation spécieuse de la Résolution 1721 et à un culte fétichiste de la Constitution pour vous maintenir au pouvoir ou piloter la transition est une voie d’impasse pour la paix et la cohésion sociale dans notre pays.

   

Monsieur le Président,

Faites une déclaration solennelle pour annoncer votre mise en retrait total de la transition en vue de laisser le Premier Ministre seul conduire la réconciliation et le processus électoral censé la sanctionner. De cette manière, votre victoire à la prochaine élection, si elle était acquise, aurait tous ses éclats, tout comme votre probable échec vous ouvrira grandement les portes de l’Histoire. Pour un historien, il n’y aura rien de plus honorable.

Emmanuel Y. Boussou

Etats-Unis, le 15 novembre 2006

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30 mai 2006

Gagner dans l'honneur ou perdre dans la dignité

La crise que connaît la Côte d’Ivoire depuis plus de trois ans et demi s’est exprimée, certes, sur le terrain militaire au début. Elle a été, ensuite, marquée d’échauffourées sporadiques entre les forces loyalistes au régime d’Abidjan et le mouvement rebelle. Cependant, ce qu’il est permis d’observer dans ce pays depuis septembre 2002 n’est pas, à notre avis, un conflit militaire classique ou une guerre civile. Il ne s’agit pas, non plus, d’une lutte de libération nationale engagée par le pouvoir ivoirien contre la France et ses dirigeants.

Compte tenu de sa forte charge émotionnelle, l’argument de la lutte de libération est très séduisant et a valeur d’exutoire. Mais, s’il est vrai que la crise ivoirienne constitue un enjeu de géostratégie ou d’intérêts économiques pour l’ancienne métropole, on ne saurait faire du rôle de la France la trame principale de ce conflit. Eu égard à son histoire, à ses atouts économiques et à sa dimension dans l’espace francophone ouest-africain, la Côte d’Ivoire et la crise sociopolitique qu’elle vit appellent une intervention française, qui, dans ce cas précis, a été souhaitée, suscitée, voire requise par le régime ivoirien.

De fait, ne voir que la présence de la France dans ce conflit ou situer la crise dans la seule perspective de rapports antagonistes entre l’ancienne puissance coloniale et le pouvoir politique ivoirien équivaut à soustraire les Ivoiriens de leur responsabilité dans la gestion de leur pays. Envisager la Côte d’Ivoire comme une nation indépendante et souveraine suppose que les problèmes auxquels elle est confrontée s’apprécient, sans complexe, dans leur portée et déterminants endogènes.

De plus, les enjeux au cœur du conflit actuel, à savoir le pouvoir politique, sa gestion et son renversement par la voie des armes, se sont déjà exprimées à travers une crise de même nature en décembre 1999, avec  un parti politique et un leadership autres que ceux d’aujourd’hui, sans que l’on parle d’une entreprise de recolonisation de la Côte d’Ivoire par la France. La différence porte sur le fait que le coup d’Etat de 1999 a réussi, alors que celui de 2002 a échoué et s’est transformé en une rébellion.   

Comme explication première de la crise, l’argument tiré des antagonismes internes opposant des acteurs ivoiriens (formations politiques traditionnelles et groupes armés) et ayant pour enjeux la prise, l’exercice et la conservation du pouvoir politique nous semble beaucoup plus plausible. A notre avis, il se défend plus amplement que celui prenant pour objet des centres extérieurs qui téléguideraient des politiques ivoiriens en vue du contrôle des ressources du pays ou armeraient d’anciens soldats pour lancer une action militaire dont la réussite n’est guère garantie à l’avance. Si une telle assertion est soutenue dans des cercles politiques ivoiriens et relayée par des réseaux d’intellectuels africains, elle se construit plus sur des appréhensions que sur des faits. 

Il est vrai que chaque chapelle politique ivoirienne entretient des relations suivies avec des membres de la classe politique et des industriels français. Mais cela ne nous autorise pas à percevoir une collusion française automatique avec certaines forces en présence dans le jeu politique ivoirien au détriment du régime d’Abidjan.

Il faudrait noter que si dans la plupart des pays africains l’armée s’introduit de force dans la politique, en Côte d’Ivoire, ce sont des forces politiques qui, d’une manière ou d’une autre, ont propulsé des groupes armés dans l’arène politique. Par-dessus tout, il nous semble juste d’éviter d’exonérer les acteurs politiques ivoiriens de leur responsabilité dans l’origine et la gestion de la crise pour ne voir qu’une main extérieure dans ce qui constitue, en dernière instance, une lutte pour le pouvoir politique.                   

La crise ivoirienne s’est manifestée à travers un coup d’Etat qui a échoué et s’est ensuite mué en une occupation d’une partie du territoire national. Ceci traduit la dimension essentielle du conflit, qui porte sur le pouvoir politique et tourne autour de sa prise de force ou de droit, sa gestion et sa conservation par tous les moyens, y compris l’usage de la violence.

Cependant, la solution militaire ayant fait la preuve de ses limites, l’organisation d’élections ouvertes, équitables et transparentes se donne comme l’une des issues les plus appropriées de la résolution de la crise. La tenue d’élections suppose, en principe, l’acceptation d’une compétition à la loyale à la suite de laquelle il y aura un vainqueur et un vaincu.

Une élection présidentielle, est-il besoin de le noter, est une échéance, qui débouche sur un mandat confié à un homme ou une femme limité dans le temps. Elle n’est pas un processus, mais un événement. Elle ne fige pas la vie nationale. Elle porte sur un cycle qui se renouvelle au bout de cinq ans. On peut perdre une élection présidentielle à une échéance donnée et la remporter à l’occasion d’une autre.      

Les protagonistes de la crise ivoirienne, les partis politiques principalement, donnent l’impression de ne s’accorder que sur la tenue d’élections qu’ils seront assurés de remporter. S’il est légitime que des forces politiques envisagent la victoire à l’issue d’un scrutin comme un objectif ultime, leur propension à exclure, voire nier, toute éventualité d’échec ne peut que disposer leurs partisans au radicalisme politique et à la violence. Aucun parti politique ne s’avoue vaincu au départ d’une compétition électorale, mais la victoire ne peut s’obtenir à tous les prix !   

Au départ d’un processus électoral, l’idée de victoire implique également celle d’échec. Pouvoir gagner autant qu’échouer constitue l’énigme, mais aussi l’essence d’une élection. Sans l’éventualité de l’échec, il n’y a pas de réussite, parce qu’il n’y a simplement pas de compétition.

En outre, se soumettre à une épreuve à laquelle on veut être proclamé vainqueur, à l’avance, n’a aucun sens ! Une telle compétition est une farce et ne garantit, sur le plan politique, aucune légitimité. En revanche, elle constitue la voie tout tracée pour l’installation d’un pouvoir dictatorial qui, tôt ou tard, suscitera la répulsion de la population, se maintiendra dans la terreur ou donnera lieu à une contestation violente.          

L’intention de certains cercles politiques de remporter à tout prix le scrutin présidentiel prochain est l’une des explications de blocages réels ou potentiels de la transition. De plus, elle constitue un inhibiteur principal de la réconciliation. Elle justifie les surenchères et chantages qu’il nous a été donné d’observer de la part des protagonistes principaux depuis la signature des accords de Linas-Marcoussis.  Elle porte, aujourd’hui, sur les enjeux de l’identification et du désarmement, de leur concomitance souhaitée ou rejetée et de questions connexes de nationalité et de citoyenneté. Sur certains de ces points, principalement l’identification, la nationalité et la réconciliation, nous voudrions offrir quelques pistes de réflexion. 

1.         Identification et constitution du collège électoral

L’identification devrait, en principe, être un exercice de recensement général de la population à l’issue duquel l’autorité publique obtiendra des indicateurs sur les différentes configurations démographiques du pays. En outre, elle devrait permettre à chaque habitant de la Côte d’Ivoire d’obtenir des pièces d’identité. Comme telle, l’identification est une opération technique dont l’utilité pratique se démontre dans divers domaines de gestion de la vie nationale.

L’identification semble, cependant, susciter des controverses dans l’interprétation que font certains milieux politiques de sa dimension relative à la constitution du collège électoral. Ceci parce que la Côte d’Ivoire est un pays dont près de 26% de la population est, selon les chiffres officiels, constitué de non nationaux. Comme toute nation accueillant une forte proportion d’immigrés, les questions d’identité, de nationalité et de citoyenneté s’y posent avec acuité et sont d’une extrême délicatesse.

Par ailleurs, des revendications identitaires, de déni de nationalité ou de citoyenneté suscitent des débats passionnés dans ce pays depuis des années. Qu’une propagande sur ces questions sensibles serve de fonds de commerce politique et braque les esprits ne relève que d’un truisme !

Dans un tel décor, il n’est pas surprenant que des échos de soupçons de manipulation de l’opération d’identification dans la perspective de l’échéance électorale proviennent de différents états-majors politiques. Les uns suspectent un processus qui pourrait accroître, outre mesure, le collège électoral pour favoriser un camp, lorsque les autres pensent qu’une grande partie de nationaux proches de leur parti en seraient exclus à leur détriment  et au bénéfice de leurs adversaires politiques.

A notre avis, la ligne médiane ici devrait être celle qui prendrait pour point de départ les recensements précédents et singulièrement  ceux ayant donné lieu à la constitution des collèges électoraux de 1990, 1995 et 2000. Après quoi, on opérera les ajustements démographiques naturels qui sont : l’expurgation de cas de décès, de changements de nationalité, d’individus frappés d’incapacités ; les rajouts de cas de personnes ayant atteint la majorité, de naturalisés remplissant les obligations de stage, etc. Si des citoyens estiment qu’ils ont été indûment retirés des fichiers électoraux, ils devraient soumettre des requêtes qui feront l’objet de la plus grande attention de la part des autorités compétentes en vue de procéder aux corrections requises.      

Cette approche est fondée sur l’évolution naturelle du collège électoral ivoirien, elle-même liée aux contours de la population générale du pays. Elle part également du principe que la liste électorale n’a pas fondamentalement été contestée depuis 1990. De plus, le mouvement régulier du corps électoral ivoirien, même en y incluant les personnes âgées entre 18 ans et 21 ans en 1990 et 1995, peut être apprécié aisément depuis 1990, année électorale pendant laquelle seuls les nationaux ivoiriens ont été autorisés à voter. 

Il est possible de dresser mathématiquement, statistiquement et démographiquement les grandes configurations de l’électorat ivoirien aujourd’hui, puisque les banques de données sur la population ivoirienne utilisées les années précédentes sont disponibles à Abidjan. En se fondant sur la progression normale de la population ivoirienne, on peut opérer des projections en vue d’avoir une idée plus ou moins exacte des chiffres généraux de la population en âge de voter. Il existe un taux de croissance de cette population, tout comme on peut tracer une courbe de la progression du corps électoral ivoirien.

Toute opération d’identification qui aboutirait à l’exclusion arbitraire de citoyens ivoiriens de la liste électorale sera un facteur potentiel de troubles sociopolitiques. De même, la constitution d’un électorat hors de proportions naturelles ne donnerait lieu qu’à des élections contestées, dans le meilleur de cas. Cela équivaudrait à la reconduction de la logique d’instabilité chronique dans laquelle le pays est installé depuis quelques années. Un tel scénario condamnerait la Côte d’Ivoire à demeurer dans ce que nous appelons pudiquement une situation de ni paix ni guerre qui est, en réalité, un processus de destruction socio-économique et de déconstruction nationale.   

2.         Séparer la question de la nationalité des enjeux électoraux

La question de l’attribution de la nationalité ivoirienne aux ressortissants de pays africains vivant en Côte d’Ivoire depuis des lustres et qui désirent s’intégrer pleinement et honnêtement à la communauté nationale ivoirienne devrait s’entreprendre dans un esprit de fraternité, de générosité et d’ouverture. Linas-Marcoussis n’était certainement pas le cadre approprié pour réfléchir sainement et sereinement  sur cette question cruciale en quelques jours.

Les difficultés d’application des propositions sur la nationalité découlant de ce conclave procèdent, à notre avis, d’une chose : il se profile des enjeux politiques et électoraux derrière l’idée d’appliquer le Code de nationalité d’avant 1972 et/ou de revenir aux dispositions transitoires de l’Administration coloniale à l’Etat indépendant ivoirien relatives au choix de la nationalité ivoirienne par des non Ivoiriens nés en Côte d’Ivoire ou y vivant avant 1960.

La question de nationalité étant de nature sensible, la lier à des enjeux ou impératifs politiques et électoraux ne fait que la compliquer davantage, ce qui  en rajoute aux suspicions, ressentiments et récriminations. En dernier lieu, toute solution prise avec des arrière-pensées politiques sur un sujet de cette nature consisterait à jeter de l’huile sur le feu.

Débarrassée de ses  oripeaux  électoraux, la question de nationalité telle qu’esquissée par Linas-Marcoussis pourrait être envisagée utilement et trouver une voie de solution à travers une procédure spéciale et diligente de naturalisation adossée aux dispositions de stage prévues par le Code de la nationalité. Le mieux serait de différer une telle procédure de la période électorale qui est elle-même sujette à des tensions et convulsions multiples. Elle pourrait être engagée dans une période de sérénité immédiatement après les élections présidentielles, de sorte que les nouveaux naturalisés puissent prendre part aux scrutins qui seront organisées cinq ans après leur naturalisation.    

Mais, au-delà des prescriptions de Linass-Marcoussis se pose la question de la naturalisation de ressortissants de pays africains vivant en Côte d’Ivoire et qui désirent jouir de la nationalité ivoirienne. La Côte d’Ivoire et ses dirigeants ne peuvent continuer de se voiler la face sur ce problème d’une extrême gravité.

La nécessité d’une action politique courageuse tendant à engager une procédure de grande envergure de naturalisation, avec des modalités pratiques souples, simplifiées et accessibles, devient un défi auquel les dirigeants ivoiriens devraient faire face. Il faut partir du prédicat que la plupart des ressortissants de pays voisins vivant en Côte d’Ivoire depuis des années et leurs enfants ne retourneront plus dans leurs pays d’origine.

Les propositions de gestion post-crise doivent accorder la priorité à cette question qui recouvrerait ainsi son caractère purement administratif pour cesser de polluer le terrain politique. Dans le cadre de la transition, les sillons de cette action pourraient être tracés.

Le mouvement migratoire ayant marqué les configurations démographiques et sociologiques de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui a une histoire. Il a son origine dans la mise en valeur, dans les années 1930, de la colonie de Côte d’Ivoire avec l’introduction des cultures de café et de cacao. Il a connu son paroxysme pendant les années du miracle ivoirien (1965-1980) et s’est ralenti à partir de la fin des années 1980.

Que la Côte d’Ivoire soit différente des autres pays ouest-africains dans ses traits démographiques marqués par la migration est un fait sociologique qui s’explique aisément et doit être assumé pleinement ! Il est vrai que rien aujourd’hui ne permet d’affirmer que cette nation continuera d’attirer, de manière significative, des ressortissants d’autres pays de la sous-région. 

Par ailleurs, un processus irréversible d’urbanisation de la société ivoirienne amorcé depuis quelques années a donné naissance à une Côte d’Ivoire plurielle dans la symbiose de ses fondements humains, sociologiques et culturels et conduit à l’émergence d’un nouvel espace de partage, d’ouverture et d’intégration. Prenant son appui sur les apports de socles humains de ce terroir, il ne manque pas moins de se nourrir de la contribution de peuples issus de l’immigration. Ceci constitue une richesse qui doit pouvoir éclore, s’exprimer et s’épandre à la faveur de chances que l’Etat de Côte d’Ivoire saurait offrir avec élan, générosité et ouverture.    

Envisager la problématique de l’immigration et ses incidences démographiques sous l’angle de la naturalisation  au niveau le plus élevé de l’Etat n’est  pas seulement une approche qui tienne compte de l’héritage socioculturel ivoirien ; c’est un devoir moral, autant qu’un impératif de gestion politique. C’est également l’un des moyens les plus indiqués pour soustraire cette question délicate des contingences politiques et enjeux électoraux.      

3.         De la réconciliation

Une question anodine nous vient à l’esprit lorsque nous pensons aux dommages causés par cette crise à la communauté nationale ivoirienne : comment un peuple si affable, symbiose d’autant d’expressions du génie humain, doté d’un humour formidable comme la marque de sa foi en la vie, a pu se laisser ronger par le virus de la haine, sur des questions de gestion politique, qui relèvent, en principe, de préoccupations d’une élite dont il est généralement coupé ? La réponse immédiate est qu’aucun équilibre n’est permanent et que dans le processus de construction nationale des Etats légués par la colonisation, le plus petit incident peut donner lieu à d’inextricables convulsions.

En écoutant des Ivoiriens ressasser les atrocités commises au début de ce conflit sur des populations civiles et en prêtant l’oreille à leurs griefs, ressentiments et récriminations vis-à-vis de ceux qui prônent le dialogue avec les rebelles, on se rend compte de l’ampleur de la crise et de la profondeur des douleurs qui en résultent. Il se dégage également un constat : la propension de certains milieux politiques ivoiriens à trouver nécessairement les responsables de nos malheurs en leurs adversaires ou hors des frontières ivoiriennes. Ceci laisse apparaître une autre dimension de ce conflit : notre incapacité de reconnaître nos propres responsabilités dans la destruction de notre pays !

De tout cela nous faisons la déduction suivante : si la crise porte essentiellement sur le pouvoir politique, les cheminements qu’elle a empruntés pour s’exprimer, les torts dont ses auteurs se sont déclarés redresseurs, les dommages qui ont été causés à la cohésion nationale et les états d’âme qu’elle a générés sont énormes, complexes et multidimensionnels. A notre avis, la gestion de la crise et de l’après-crise devrait comporter un volet sur le désarment mental et le reconditionnement psychologique des Ivoiriens.

En effet, de quel que côté qu’on se place, on arrive au constat que le  drame ivoirien n’est pas seulement physique et visible : un traumatisme énorme est vécu par la population ivoirienne dans toute sa composante. Dans sa majorité, la société ivoirienne est meurtrie, autant qu’elle est fragmentée et instrumentalisée aux fins de luttes politiques dont elle n’est pas nécessairement partie prenante.

Cette crise a détruit ce qui constitue  la base de la convivialité ivoirienne, c’est-à-dire la confiance. La confiance comme fondement du vivre ensemble ; la confiance entre les acteurs principaux de la classe politique à propos d’un minimum acceptable pour l’animation d’une vie politique régulière ; la confiance entre les différentes communautés humaines du pays dans ce qu’elles nourrissent comme attentes, aspirations, voire convictions, par rapport au devenir de la nation et aux chances d’épanouissement qu’elle leur offrirait.

A notre avis,  plutôt que de clamer que la Côte d’Ivoire est debout, les acteurs politiques principaux du pays devraient s’engager dans une introspection beaucoup plus profonde, pour apprécier l’état de déliquescence dans lequel se trouve la nation ivoirienne. Ceci pourrait constituer le premier pas vers la réconciliation.

Aussi longtemps que les leaders seront peu enclins à reconnaître leur responsabilité dans la crise et ses conséquences sur les fissurations du tissu social ivoirien, les populations, qui se reconnaissent en eux, seraient incapables d’aller à la réconciliation des cœurs et des esprits ! La logique de l’action des leaders politiques est naturellement celle de la contention faite de dénégations, de contradictions et de polémiques. Mais, le jeu politique régulier n’est possible que dans un environnement social apaisé.

Ici, il est plutôt question de chercher à reconstruire ce qui a été détruit, œuvrer à renouer les fils du dialogue rompu, contribuer à retrouver la foi en nous-mêmes, la confiance entre nous, dans l’humilité. Les leaders politiques devraient éviter de se laisser aller à des déclarations qui sont de nature à susciter des controverses ou à inciter leurs partisans à des positions radicales.

   

Par ailleurs, il faudrait convenir qu’aucun leader politique n’a fait amende honorable, en s’engageant, depuis le déclenchement de cette crise, dans un acte sincère de contrition ; aucun camp des protagonistes principaux n’a trouvé nécessaire de se remettre en cause, demander formellement pardon aux Ivoiriens et leur promettre que plus jamais il n’entreprendrait directement ou indirectement d’actions de nature à porter atteinte au peuple de Côte d’Ivoire dans les valeurs qui le fondent ou dans son intégrité. Aucun camp n’a lancé d’appel solennel à ses partisans les invitant à embrasser résolument le parti de la réconciliation.

Quant à un élan d’ouverture, de tolérance et d’altruisme vis-à-vis de ses adversaires, aucun parti ne semble l’inclure dans ses choix politiques actuels. Cependant, cet acte d’exorcisme collectif, d’humilité et de dépassement de soi devrait être suscité par les grandes formations politiques, ainsi que les responsables de la rébellion, de manière résolue, honnête et sincère, pour conjurer la haine et recréer les conditions de la convivialité ivoirienne.   

La réconciliation entre Ivoiriens s’entreprend avec le principe de reconstruction d’une société ivoirienne inclusive, cohésive et démocratique. Elle part d’un impératif : que la Côte d’Ivoire soit placée au-dessus des partis politiques et des ambitions de leurs leaders !

Si nous situons la Côte d’Ivoire au-dessus de tout, la question de la formation politique ou du leader qui la dirigera à l’issue des élections prochaines serait secondaire, voire négligeable. En effet, pour que nous envisagions la problématique de la désignation de l’équipe dirigeante à laquelle sera confiée la destinée de ce pays à l’issue des consultations électorales prochaines, il faudrait qu’il existe d’abord dans son entièreté et qu’il constitue un espace sociopolitique apaisé.            

Emmanuel Y. Boussou

New York, le 30 mai 2006.

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26 septembre 2005

Monsieur le Président de la République, faites un geste qui sauve, dites un mot qui guérisse la Côte d’Ivoire !

Monsieur le Président de la République,

Après moult hésitations, je me suis résolu à vous écrire cette lettre ouverte. Elle me vaudra, sans doute, le courroux de vos partisans. Cependant, je ne compte nullement, en vous écrivant ces quelques lignes, faire preuve d’irrévérence à votre endroit ; je n’ai pas, non plus, l’intention d’exprimer un manque de considération pour les charges que vous assumez. Je vous adresse ce message, en votre qualité de Président de la République en fonction, pour partager avec vous mes angoisses à l’approche de la date fatidique du 30 octobre 2005.   

Je le fais avec la conviction que si elles étaient nourries dans votre entourage, ces idées viendraient difficilement de vos proches collaborateurs ou de simples militants de votre parti. Les uns sont préoccupés par la défense de votre régime par instinct atavique de survie ; les autres voient en votre maintien au pouvoir de force un motif de satisfaction personnelle dont le caractère onirique n’a d’égale valeur qu’une chimérique revanche sur l’histoire. « Nous sommes au pouvoir et nous ferons tout pour nous y maintenir ; après tout, les autres n’y ont-ils pas passé quarante ans ? » Ou  « On gagne ou on gagne ! »   

Monsieur le Président,

Dans le ciel brumeux des relations entre le pouvoir et l’opposition, s’annonce un cyclone : un bain de sang ! Vos partisans et les militants de partis d’opposition sont sur le pied de guerre. Nous sommes dans une période qui ressemble fort à une veillée d’armes. Les menaces qui pèsent ces jours-ci sur la Côte d’Ivoire nous ramènent au spectre des  événements macabres liés à votre prise de pouvoir en 2000 et aux images lugubres du carnage de mars 2004 entrepris pour la survie de votre régime. A cela s’ajoute le souvenir amer des journées noires de novembre 2004 pendant lesquelles notre jeunesse a été utilisée comme un bouclier humain face aux chars de l’Armée française. Tout ceci hante ma conscience de citoyen ivoirien.

Ne permettez point qu’il en soit rajouté aux peines des Ivoiriens ! Faites en sorte qu’aucune goûte de sang ne soit versée, de nouveau, pour sauver un pouvoir. Faites tout pour que, plus jamais, la vie d’un enfant ivoirien ne soit sacrifiée pour défendre le fauteuil présidentiel.

Monsieur le Président,

Votre accession aux charges suprêmes de l’Etat s’est opérée avec le concours d’un parti politique ; mais, vous êtes l’unique responsable devant la Nation des actions engagées sous votre autorité. Jusqu’au terme de votre mandat le 30 octobre 2005, vous avez entre vos mains la destinée de 17 millions d’âmes. Par conséquent, vous ne devez pas vous laisser dominer par des états d’âme, des sautes d’humeur. Eloignez de vous l’orgueil et tenez à distance la vindicte et l’arrogance. L’honneur et la dignité d’un homme de devoir sont précédés par l’humilité, sœur jumelle du courage. La témérité relève de la vanité !

Ne vous sentez pas fatigué dans la quête de la paix. Ne renoncez pas au dialogue et ne fermez pas la porte à la négociation. Etant à la tête d’un pays déchiré, vous y êtes invité de force ou de gré ! Le repos, pour vous, se donnerait comme une voie d’impasse. Vous êtes, jusqu’à preuve du contraire, à la barre. Ceci fait de vous « une personne ayant de la viande fraîche à la main et qui, en toute logique, doit chercher du feu. »  Dans l’opposition, vous avez fait d’une expression votre leitmotiv : «  Asseyons-nous et discutons ! »

Ne vous laissez pas séduire par les radicaux de tous bords. Ne répondez pas aux chants de sirène de journalistes guerriers et de mouvements de soutien qui, comme des champignons, poussent à profusion et ne vivent qu’aux dépens de celui qui les écoute. Ils  vous encouragent à la résistance devant votre opposition animée par d’autres Ivoiriens.  Ils  vous poussent à sortir une épée face à vos frères de l’opposition. Existe-t-il un conseil plus insensé que celui-là ? Vos opposants ne sont-ils pas des Ivoiriens pour qui vous avez prêté le serment de protection de la vie et de respect de la dignité ? La plupart des gens qui vous suggèrent d’en découdre avec vos opposants, en dehors des joutes politiques régulières, luttent en vue du maintien d’avantages acquis au service de votre régime. Votre survie politique à la tête de l’Etat est une situation de rente pour eux.      

A votre opposition, ne répondez pas du tac au tac. Préférez le discours courtois, le ton mesuré et le verbe sobre au sarcasme, à la diatribe et au quolibet. Le Président est le dernier recours, sa parole est sacrée. Elle intervient pour clore un débat, apporter un apaisement, offrir une voie à suivre. La parole du Président n’est pas celle d’un parti politique et ne saurait s’exprimer dans le même ton et avec la même pugnacité !         

Monsieur le Président,

Faites un geste qui sauve la Côte d’Ivoire ; dites un mot qui guérisse notre patrie !

Fortifiez-vous dans la candeur, la générosité et la clairvoyance. Offrez une feuille d’olive à celui qui vous tend un glaive. Ne le faites pas par faiblesse, mais plutôt par intelligence, altruisme et sagesse. Ne comptez pas, ainsi, confondre votre opposition ou embarrasser vos pairs de la sous-région. Ne vous mettez pas en captivité d’un clan ou d’une coterie, mais donnez-vous en sacrifice à la paix en ayant à l’esprit le sort de futures générations d’Ivoiriens.      

Que l’ultime finalité de vos actions, le mois prochain, ne soit pas le maintien à tous les prix d’un pouvoir, mais plutôt la protection et la préservation de vies humaines ! Détachez-vous de toute pression, affranchissez-vous des pesanteurs de cercles familiaux et politiques immédiats. Prenez de la hauteur et pensez à la Côte d’Ivoire d’abord. Demandez-vous ce que sera ce pays si vos partisans et vos opposants s’engagent dans un affrontement sanglant après le 30 octobre 2005 !

Votre opposition légale a de sérieuses dissensions avec vous à propos de la conduite à tenir après le 30 octobre. Même le Parti ivoirien des Travailleurs (PIT), qu’on ne peut suspecter d’hostilité ouverte vis-à-vis de votre camp, a exprimé sa position en faveur d’une transition. La rébellion, qui a fait de votre départ de la tête du pays un de ses desiderata, se trouve aujourd’hui confortée par l’appréciation des partis politiques les plus significatifs de l’opposition de l’après 30 octobre 2005 et leur option pour une transition conduite par un homme ou une femme qui ne serait pas candidat au scrutin présidentiel prochain.

Si, à l’issue d’un antagonisme, qui s’annonce féroce, vous arrivez à dicter aux autres formations politiques votre loi relative au report des élections dans quelques mois ou si vous prenez, de force, le pilotage d’une transition, quels en seront le prix et les conséquences ?  Pourriez-vous impulser une dynamique de paix et de cohésion nationale sur les décombres d’une Côte d’Ivoire ainsi martyrisée ?

Monsieur le Président,

Engagez-vous dans la négociation avec les autres forces de l’échiquier politique ivoirien en vue d’une solution politique au vide constitutionnel qui se profile à l’horizon. Prenez le devant des choses en faisant preuve d’ingéniosité, de perspicacité et d’ouverture. Cultivez surtout la bonne foi avec vos adversaires politiques. Ne le faites pas pour vous, ni pour votre entourage, encore moins pour votre famille politique ; mais pour toute la Côte d’Ivoire dans la diversité des opinions politiques de ses habitants et dans la pluralité de ses configurations ethniques et socioculturelles.   

Ne vous laissez pas acculer, déborder et dépasser par le cours des événements pour n’avoir recours qu’à la rue ou à l’Armée ! Vous êtes, certes, arrivé au pouvoir avec la rue, mais vous n’avez pas nécessairement besoin de la rue pour vous y maintenir, surtout à la fin de la durée statutaire de votre mandat. Si vous le faites, vous auriez opté pour la chienlit et la dictature. C’est, en principe, dans la concertation avec les partis politiques qu’une voie idoine pourrait se dessiner pour la conduite des opérations électorales futures. Votre victoire ou votre défaite au scrutin présidentiel prochain ne marquera certainement pas la fin de la Côte d’Ivoire. Elle sera, en partie, le résultat des actes que vous poserez dans les jours à venir. De la dimension et du contenu que vous leur donnerez, ces actes feront sortir notre pays de la torpeur ou l’enfonceront dans l’abîme.         

Emmanuel Y. Boussou

Etats-Unis, 26 septembre 2005

            

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19 septembre 2005

Transition ou report technique de l’élection présidentielle du 30 octobre 2005 ?

A moins d’un mois et demi de la fin du mandat présidentiel, la classe politique ivoirienne se trouve, à nouveau, confrontée à une contention portant sur l’interprétation de dispositions constitutionnelles. Dans cet autre débat sur la crise ivoirienne et ses conséquences sur les échéances électorales futures, les positions des uns et des autres sont diamétralement opposées, ce qui rend toute analyse non partisane périlleuse.

En faisant cette intervention, je n’ai nullement l’intention de vouloir proposer une voie absolue, mais un cheminement comme tout autre dans la quête d’une paix durable dans notre pays. Il est évident que les points que je soulève et les idées que je défends sont similaires de positions formulées par des formations politiques et d’autres entités impliquées dans la gestion de ce dossier. Je ne m’en défends pas. Mais, je présente des idées auxquelles je crois, qu’elles soient proches ou éloignées de points de vue déjà exprimés sur la place publique. 

N’étant pas juriste, je ne ferais qu’une  lecture simpliste, celle d’un citoyen ordinaire, des articles 35 ; 38 ; 39 et 40 de la Constitution ivoirienne. Par souci de commodité, je voudrais, de prime abord, présenter quelques extraits de ces articles. Je ferai, ensuite, un commentaire sur le report technique de l’élection présidentielle et je terminerai par des suggestions sur une éventuelle transition.

1.         Que dit la Constitution sur l’élection présidentielle ? 

Art. 35. « Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois. » […].

Art. 38. « En cas d’événements ou de circonstances graves, notamment d’atteinte à l’intégrité du territoire ou de catastrophes naturelles rendant impossible le déroulement normal des élections ou la proclamation des résultats, le président de la Commission chargée des élections saisit immédiatement le Conseil constitutionnel aux fins de constatation de cette situation. Le Conseil constitutionnel décide dans les vingt quatre heures de l’arrêt ou de la poursuite des opérations électorales ou de suspendre la proclamation des résultats. Le Président de la République en informe la Nation par message. Il demeure en fonction. Dans le cas où le Conseil constitutionnel ordonne l’arrêt des opérations électorales ou décide de la suspension de la proclamation des résultats, la Commission chargée des élections établit et lui communique quotidiennement un état de l’évolution de la situation. Lorsque le Conseil constitutionnel constate la cessation de ces événements ou de ces circonstances graves, il fixe un nouveau délai qui ne peut excéder trente jours pour la proclamation des résultats et quatre vingt dix jours pour la tenue des élections. »

Art. 39. « Les pouvoirs du Président de la République en exercice expirent à la date de prise de fonction du Président élu, laquelle a lieu dès la prestation de serment. Dans les quarante-huit heures de la proclamation définitive des résultats, le Président de la République élu prête serment devant le Conseil constitutionnel réuni en audience solennelle. »  […].

Art. 40. « En cas de vacance de la Présidence de la République par décès, démission, empêchement absolu, l’intérim du Président de la République est assuré par le président de l’Assemblée nationale, pour une période de quarante-cinq jours à quatre-vingt-dix jours au cours de laquelle il fait procéder à l’élection du nouveau Président de la République.»[…].         

2.         Du report de l’élection présidentielle

Avant de débattre du report technique de l’élection présidentielle, il faudrait noter que le mandat présidentiel est de cinq ans, comme le prescrit la Loi fondamentale en son article 35. Si les points de cet article sur la nationalité et la filiation des candidats à l’élection présidentielle ont fait l’objet d’un compromis politique, le premier alinéa relatif à la durée du mandat présidentiel n’a pas été modifié et reste, de ce fait, en vigueur. Cela limite nécessairement le temps d’un report technique. Par ailleurs, l’idée même de report prescrit un acte circonscrit dans le temps. En principe, le report concerne des opérations électorales qui ont connu un début, d’où l’idée de leurs arrêts ou de la suspension de la proclamation des résultats (article 38). 

Comme indiqué plus haut (article 38), le report de l’élection présidentielle est justifié par l’impossibilité, dans des conditions normales, d’engager ou de conduire à terme les opérations électorales. L’ouragan Katrina, qui a dévasté une partie du sud des Etats-Unis le 29 août 2005, par exemple, est une catastrophe naturelle qui, si elle s’était produite en Côte d’Ivoire pendant l’organisation de l’élection présidentielle, rentrerait dans ce cas de figure.

Il est vrai que l’attaque armée de notre pays le 19 septembre 2002, qui s’est muée en rébellion, est une  situation d’atteinte grave à l’intégrité territoriale, ce qui ne permet pas l’organisation de l’élection présidentielle. Ici, la question porte moins sur la matérialité de l’atteinte à l’intégrité territoriale que sur la durée d’un report dont la fin serait nécessairement celle de l’occupation armée d’une partie du pays. De plus, il faudrait tenir compte des 90 jours statutaires, comme le suggère la Constitution (article 38). En toute logique, la justification du report de l’élection présidentielle par l’existence de la rébellion n’est pas un argument de poids, sauf si des efforts extraordinaires étaient entrepris pour aboutir, dans un délai de trois mois, au désarmement et engager des opérations électorales régulières. 

Or,  étant donné que la rébellion contrôle le Nord du pays depuis trois ans et qu’elle fait du départ du président Laurent Gbagbo l’une des conditions de son désarmement, il est évident qu’un report de l’élection présidentielle, dans le contexte actuel, ne serait qu’un report sine die ou une fuite en avant, puisque cela ne donnera pas lieu au désarmement des rebelles, sauf s’il était obtenu de force, avec tous les risques que cela comporte.

De plus, la Commission électorale qui, selon l’article 38, doit saisir le Conseil constitutionnel aux fins de constater l’impossibilité de l’organisation du scrutin et évaluer quotidiennement les conditions de reprise du processus électoral, n’est pas encore formellement constituée, ayant fait l’objet de controverses entre l’opposition et le camp présidentiel. Ceci indique, en substance, que le retard dans la mise en place du processus électoral relève autant d’événements ou de circonstances graves que d’entraves dues à la mauvaise foi ou à des calculs d’acteurs politiques et de la direction de la rébellion.

Par ailleurs, avancer l’idée de l’organisation des élections en Côte d’Ivoire sans avoir au préalable obtenu le désarmement des rebelles et des milices et/ou engager un programme de réconciliation, en vue de conduire les opérations préliminaires de recensement et d’inscription sur les listes électorales dans la sérénité, ne semble pas relever d’un jugement politique pertinent. 

Le contrôle de la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire  par les rebelles depuis trois ans est une réalité qui s’est imposée aux dirigeants du pays et qui aurait pu être gérée avec dextérité bien avant les échéances électorales de cette année. De ce point de vue, la rébellion est devenue un fait établi, une situation pérenne. La considérer aujourd’hui comme un événement dont la survenue soudaine pourrait justifier un report de l’élection présidentielle est une assertion qui se soutient difficilement.

S’il n’est pas juste de faire porter la responsabilité de la crise actuelle au pouvoir ivoirien, on ne saurait non plus lui faire l’éloge d’avoir su gérer cette situation en vue de conduire la Côte d’Ivoire à la paix de manière à créer les conditions d’élections justes, honnêtes et transparentes. De plus, un report de cette consultation électorale ne saurait se concevoir sans en fixer à l’avance un délai précis et raisonnable que toutes les parties seraient obligées de tenir ! En dernière instance, l’ajournement de l’élection présidentielle, s’il en était besoin, devrait se concevoir plus en termes de mesure de sortie de crise que de rallonge ou de Gouassou[1] au pouvoir ivoirien.

Telle qu’esquissée par la Constitution en son article 38, l’idée de report de l’élection présidentielle s’entrevoit dans un délai de trois mois (90 jours). C’est la même idée qui est reprise par l’article 40. Mais, dans ces deux cas, il s’agit d’un processus électoral normal qui ne fait pas suite à une guerre et tout ce que cela implique en termes de déplacements de personnes, de déstructuration du tissu social, de dégradation de services administratifs et de destruction des pièces d’Etat-civil.            

L’article 39 de la Constitution stipule que les pouvoirs du Président de la République en exercice expirent à la date de prise de fonction du Président élu. Il ouvre, en apparence, la possibilité pour le président en fonction de se maintenir à son poste, tant que de nouvelles élections ne sont conduites en vue de la prestation de serment de son successeur. Mais, il convient de noter que cette disposition constitutionnelle s’applique à une modalité de passation de charges. Ceci s’apparente à la situation d’un fonctionnaire affecté à un poste auquel son  prédécesseur reste en activité jusqu’à sa prise de fonction.

Dans le cas présent, le nouveau président n’est pas encore élu et les élections à l’issue desquelles il doit être désigné sont hypothéquées. Comment alors son prédécesseur peut-il faire de sa prise de fonction le repère de son temps de départ ?  Si cet article devait s’interpréter pour le maintien du président en exercice sans aucune perspective de nouvelles élections, il serait en contradiction avec l’article 35, qui fixe la durée du mandat présidentiel à cinq ans et l’article 38 qui entrevoit un report à circonscrire dans le temps. Tout ceci  ne fait qu’entretenir la confusion juridique entourant ce débat; ce qui le place, de ce fait, sur le terrain politique.    

Sans s’enfermer dans un juridisme inutile, l’observateur ordinaire de la vie publique ivoirienne perçoit aisément les limites de la thèse du report de l’élection présidentielle ou du maintien du président à la fin de son mandat. De plus, survient la question de la légitimité du président de la République en dehors des cinq ans statutaires tels que prescrits par la Loi fondamentale. Si le président Laurent Gbagbo opte pour cette solution, cela donnerait l’impression de sa volonté de se maintenir au pouvoir de force plutôt que de droit !

A notre avis, à moins qu’une recette consistant en une solution à la problématique du désarmement de la rébellion et des milices opérant dans la zone sous contrôle gouvernemental soit présentée, il ne se dégage d’issue à la crise ivoirienne à la fin du mandat présidentiel que celle d’un compromis politique. C’est à ce niveau que la piste d’une transition trouve sa pertinence.      

3.         Vers une transition politique après le 30 octobre 2005

   

Entre un report technique de l’élection présidentielle et une transition, lequel de ces deux schémas serait le mieux indiqué pour conduire la Côte d’Ivoire à un scrutin transparent, honnête et crédible, qui serait accepté de toutes les parties et impulserait, se faisant, une dynamique de paix et de concorde susceptible de renforcer la cohésion nationale ? Telle est, à notre avis, la question que les chapelles politiques nationales, la société civile et les représentants de la communauté internationale à charge du dossier ivoirien devraient se poser à propos de l’après 30 octobre 2005.

La transition n’est nullement inscrite dans la Constitution. Tout comme aucune prolongation du mandat présidentiel, en dehors de ce qui a été évoqué plus haut, n’est prévue par la Loi fondamentale. C’est pourquoi après le 30 octobre, hormis un report technique hypothétique de près de 90 jours donnant nécessairement lieu à l’organisation des élections, la Côte d’Ivoire entre dans une période de vide constitutionnel. Or dans trois mois, rien n’indique que l’incertitude politique dans laquelle notre pays se trouve après trois ans d’une situation de ni paix ni guerre s’estomperait. Dès lors, la transition se donne comme l’une des voies de sortie de crise que les acteurs politiques devraient explorer.   

L’exigence de négociation en vue d’une transition politique en Côte d’Ivoire ne saurait être éludée ou noyée dans des considérations partisanes mues par des empoignades stériles. Pour réussir à susciter la paix, promouvoir la concorde et impulser la cohésion nationale, la négociation politique ne doit nullement être un jeu de loterie avec un gagnant et un perdant.  En l’engageant, le pouvoir politique et les partis d’opposition devraient se mettre dans un état d’esprit d’ouverture, de tolérance et d’humilité. Dans le cas contraire, ils risquent de braquer leurs adversaires contre eux et courir à l’échec.

Jusqu’à présent, dans leurs déclarations publiques, le président de la République et son parti, le FPI, se sont opposés énergiquement à l’idée d’une transition après le 30 octobre 2005. Notre souhait est que cette hostilité à la transition ne soit que de façade. L’idée de la mise en place d’une transition à la fin du mandat présidentiel devrait être évaluée par le parti présidentiel à l’aune de sa valeur sui generis. Une telle réflexion gagnerait à être nourrie avec circonspection, discernement et probité. Elle pourrait, ainsi, présenter d’immenses avantages pour toute la classe politique et la Côte d’Ivoire tout entière.

Il faut noter que depuis le déclenchement de cette crise, la plupart des décisions importantes prises par le président Laurent Gbagbo l’ont été sous la pression, sans anticipation et en dehors d’un timing pertinent. Ceci a contribué énormément à entretenir un climat de suspicion et de méfiance entre son opposition et lui, à irriter la communauté internationale et à annihiler toute voie d’issue à la crise. Lorsqu’il dit aujourd’hui qu’il a fait tout ce qui était de son devoir dans la gestion de ce conflit, il n’a pas totalement tort ; mais, il n’a pas, non plus, totalement raison, puisque son pays est toujours coupé en deux et le débat politique national se trouve dans l’impasse avec des menaces fusant de partout.

Plus que ses adversaires, le principal ennemi de M. Gbagbo dans la gestion de la guerre, qui lui a été indûment imposée, est l’attentisme. Ayant trop joué avec le temps, le temps se joue de lui au dernier moment en le poussant le dos au mur ! Par ailleurs, s’engager dans un bras de fer sur toute question avec son opposition n’est pas susceptible de créer un esprit de confiance comme condition première de la réconciliation.         

Dans l’immédiat, l’acceptation de la transition par toutes les parties et principalement le camp présidentiel serait un acte politique majeur qui pourrait faire tomber considérablement la tension récurrente. Si, de surcroît, le Président de la République s’y soumet volontairement, prend l’initiative de son retrait des charges suprêmes de l’Etat à la fin de son mandat et en fait l’annonce, la portée historique de l’acte, sa dimension symbolique et ses retombées sur le désarmement des rebelles et des milices ne ferait qu’entrevoir une immense lueur d’espoir pour la réconciliation et la paix en  Côte d’Ivoire.

De cette manière, la constitution des structures à charge de conduire la transition et les élections, la définition de leur contenu et la fixation de leur durée,  pourraient faire l’objet de négociations de façon consensuelle entre les différents partis politiques ivoiriens. Ceci faciliterait la tâche d’assistance et d’appui de la communauté internationale.

En acceptant une transition sans en assurer nécessairement le pilotage, à l’issue de son mandat, le président Laurent Gbagbo donnerait un signal fort aux Ivoiriens, à la communauté internationale et à ses adversaires politiques de son attachement à la recherche du compromis et de son inclination à un effort de dépassement de soi pour aller à la paix au bénéfice exclusif du peuple de Côte d’Ivoire. Ceci serait une action sublime d’un homme d’Etat au service de son pays. Et puisqu’il quitterait le pouvoir à la fin de son mandat, il ne donnerait nullement l’impression d’un abandon des Ivoiriens ou d’une quelconque démission. Bien au contraire, l’image du combattant intrépide des libertés et de la démocratie, qui a été la sienne pendant sa longue carrière politique, n’en serait que renforcée. Les Ivoiriens sauraient lui en être reconnaissants au moment opportun. 

En sa qualité de citoyen ordinaire, M. Laurent Gbagbo disposerait de temps, de quiétude et d’énergie pour se consacrer aux joutes électorales futures. S’il gagne des élections qu’il n’a pas organisées, sa victoire n’en serait plus qu’éclatante et incontestable. S’il les perd, il pourrait continuer de contribuer à la construction nationale en tant que leader politique pour, le moment venu, revenir triomphalement à la tête de l’Etat, comme cela s’est déjà observé au Bénin et en Guinée-Bissau. Ainsi, son nom serait gravé en lettres d’or dans les pages de l’Histoire du peuple de Côte d’Ivoire.

Emmanuel Y. Boussou

Etats-Unis, le 19 septembre 2005

 


[1] Expression ivoirienne signifiant rallonge ou rajout.

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10 mars 2005

Octobre 2005 ne marque pas l’apocalypse en Côte d’Ivoire

                                                                                    

Le débat politique ivoirien porte, ces jours-ci, sur les conditions d’organisation du scrutin présidentiel et/ou le report de cette consultation électorale et ses conséquences. En effet, à sept mois de la fin du mandat présidentiel, le pays est toujours coupé en deux, les rebelles sont en possession de leurs armes et contrôlent la moitié Nord du territoire national. Au sud, des groupes armés assimilés à des milices continuent d’avoir pignon sur rue. Sous le terme générique de « Jeunes Patriotes », ils se substituent aux forces de sécurité et de défense en procédant aux contrôles de routine sur la voie publique et en faisant des incursions sporadiques dans les zones aux mains de la rébellion.   

L’intensité des discussions sur l’après octobre 2005 cache, en réalité, un engourdissement de la classe politique ivoirienne tétanisée par le doute qui plane sur l’organisation du scrutin présidentiel dans le cadre du calendrier électoral normal. Ceci d’autant plus que l’article 35 de la Constitution demeure, dans sa mouture initiale, le seul cadre juridique pour statuer sur les candidatures à l’élection présidentielle, avec à l’horizon, la répétition des arrêts Tia Koné.

Dans ce débat animé essentiellement par des experts en sciences juridiques du camp présidentiel et des forces politiques de l’opposition, je voudrais, en citoyen ordinaire, émettre quelques idées simples, en ayant à l’esprit la quête de la paix dans notre pays. 

Ma démarche est motivée principalement par l’impasse dans laquelle la Côte d’Ivoire est plongée par les positions tranchées des uns, faisant de la révision de l’article 35 une fixation, et l’inflexibilité des autres, s’arc-boutant sur l’exigence ici et maintenant du désarmement pour toute solution, avec, en prime, l’organisation d’un référendum sur ce même article 35 de la Loi fondamentale actuellement, alors que depuis 2003, des gages de bonne volonté auraient dû être donnés pour aboutir à cette étape. Au rythme des dissensions entre le camp présidentiel et l’opposition regroupée au sein du G7, la Côte d’Ivoire va droit dans le mur.

Les leçons de conflits armés sur une longue période au Libéria et en Sierra Léone voisins, tout comme les tourments du Soudan et du Congo lointains, rongés par une guerre civile sans fin, ne semblent guère de portée dans les états-majors des différents protagonistes de la crise ivoirienne. La Casamance, au Sénégal, ne donne, en rien, à réfléchir aux Ivoiriens, quant aux incertitudes de la durée d’une rébellion et à ses conséquences désastreuses sur les conditions de vie des populations, lorsque celles-ci n’en constituent pas les dommages collatéraux. Et il ne sert à rien de leur rappeler les atrocités de la crise angolaise, encore moins la déliquescence de la Somalie.

En vérité, il existe des groupes d’intérêts dans la zone sous contrôle gouvernemental et dans l’antre de la rébellion, qui prospèrent de la crise larvée qui sévit en Côte d’Ivoire. Et c’est peu dire que ces groupes ne veulent nullement que le conflit prenne fin! 

Il se donne, cependant, comme un avertissement aux leaders politiques ivoiriens : il faut tout mettre en œuvre pour que des élections ouvertes, transparentes et crédibles se tiennent en Côte d’Ivoire dans le respect des échéances régulières. C’est la condition de la paix, de la concorde et de l’harmonie retrouvée entre les Ivoiriens pour relancer le pays dans un élan de construction nationale sans exclusive. C’est dans cet effort auquel tous les Ivoiriens sont astreints que je propose les idées qui suivent. Mais, quelle que soit l’importance de l’échéance  électorale d’octobre 2005, il faut avouer qu’elle ne marque pas la fin de la Côte d’Ivoire !

1.         Du cadre juridique des prochaines consultations électorales

Avant d’aborder cette question, je voudrais, en toute modestie, suggérer aux différentes parties ivoiriennes impliquées dans la gestion de la crise le sens de la mesure, du discernement et de la modération. Les interprétations actuelles de l’après octobre 2005, mettant en avant des schémas catastrophes construits sur l’idée de la non-organisation de l’élection présidentielle, sont un conditionnement psychologique négatif, pour ne pas dire des incantations d’apprentis sorciers. Ni le camp présidentiel ni l’opposition n’ont aucun intérêt dans le report de l’élection présidentielle d’octobre 2005.

Par-dessus tout, le président de la République a été élu, selon ses propres termes, dans des conditions calamiteuses. Deux ans après cette élection contestée, agitée et soldée par un bain de sang, la moitié nord du pays lui a été arrachée par une rébellion armée. Depuis plus de deux ans et demi, il n’a  aucune autorité sur cette partie du territoire national. Si, de plus, son mandat venait à échéance sans que ne se tiennent de nouvelles élections, il serait plus qu’affaibli et n’aurait, aux yeux de la communauté internationale, aucun crédit. De plus, sa légitimité serait compromise et il apparaîtrait comme un potentat prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Dans ce cas, aucune argutie juridique ne pourrait lui servir de bouée de sauvetage.

Il est, par conséquent, impérieux pour le camp présidentiel de s’impliquer sans forfaiture, sans cynisme et sans calcul dans l’organisation d’une élection présidentielle régulière, transparente et honnête pour la paix dans notre pays. Ceci se donne comme la seule voie de courage politique. Si M. Gbagbo remporte ce scrutin, il sera difficile à son opposition de contester sa légitimité. S’il le perd, il pourra sortir du jeu politique ivoirien actuel la tête haute et cela sera à son honneur.

Eu égard au temps qui nous sépare de l’élection présidentielle, des actions d’envergure devraient être engagées sur l’initiative ou avec le concours du camp présidentiel pour donner un signal fort aux Ivoiriens et à la communauté internationale de sa volonté d’aller à la paix et d’impulser son pendant d’un règlement politique par le jeu d’élections démocratiques. Pour ce faire, il n’est point indiqué pour le camp présidentiel de clamer qu’il a fait sa part de sacrifice et qu’il faudrait le désarmement ici et maintenant pour toute suite à donner  au processus de pacification du pays. Ceci parce que, comme le dit le proverbe du terroir, c’est le président qui a de la viande fraîche à la main, c’est donc lui qui doit chercher du feu !   

    

a.         Casser les arrêts Tia Kone

Il est admis communément que l’article 35 de la Constitution constitue le nœud gordien de la crise ivoirienne, parce qu’il empêcherait un acteur principal de l’échiquier politique ivoirien, M. Alassane Dramane Ouattara, leader d’un parti politique, de se porter candidat à l’élection présidentielle. Mais au-delà du verdict du Conseil constitutionnel sur l’élection présidentielle d’octobre 2000, il faut voir le contenu des arrêts Tia Koné sur les législatives de décembre 2000 rejetant la candidature d’Alassane Ouattara pour la circonscription de Kong. En réalité, sous l’apparence du droit, les arrêts Tia Koné de 2000 sont une sentence politique suscitée par l’intention d’une junte militaire de se maintenir au pouvoir et ensuite par la propension du Front populaire ivoirien (FPI) de renforcer son emprise sur l’Etat au moment où il venait tout juste d’accéder à la magistrature suprême à travers un bras de fer avec feu Rober Guéi et le Rassemblement des Républicains. De plus, ces arrêts sur la présidentielle n’ont permis à aucun candidat du PDCI-RDA de prendre part à cette compétition électorale, alors que les représentants du parti cinquantenaire étaient près d’une dizaine.

Plus que l’article 35 de la Constitution, l’interprétation politique des lois électorales en faveur d’une coterie est l’obstacle majeur à une élection juste, équitable et ouverte en Côte d’Ivoire. Sans la cassation des arrêts Tia Koné et la garantie d’une lecture non partisane des lois électorales dans le cadre des élections à venir, l’amendement de l’article 35 de la Constitution ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau. Et puisque aucun grand leader de l’échiquier politique ivoirien ne reconnaît explicitement que l’article 35 l’empêche de se présenter à l’élection présidentielle, on pourrait, pour le moment, faire l’économie de son amendement par voie référendaire pour y revenir, plus tard, lorsque le pays aura retrouvé la paix.       

Il est d’urgence que le Conseil constitutionnel ou, à défaut, la Cour suprême s’auto saisisse pour casser tous les arrêts Tia Koné portant sur les élections de 2000. De cette manière, tous les candidats des grands partis politiques qui voudraient se soumettre au suffrage des Ivoiriens dans le cadre de l’élection présidentielle prochaine pourraient le faire sans crainte de voir peser sur eux ces arrêts comme une épée de Damoclès.

b.         La refonte de la composition du Conseil constitutionnel

Telle qu’elle existe aujourd’hui, la composition du Conseil constitutionnel reflète essentiellement une seule sensibilité politique du pays: celle du FPI, le parti présidentiel. Etant donné que cette institution est censée contrôler la régularité de la présentation des candidatures aux présidentielles et législatives, il est d’une logique élémentaire qu’elle soit équilibrée dans sa composition pour susciter la confiance des autres partis. De plus, il faudrait qu’elle soit d’une neutralité absolue et d’une objectivité sans faille. Par-dessus tout, la présidence de cette institution devrait être assurée par un juriste de haut calibre, de grande probité morale et intellectuelle, et accepté des grandes formations politiques du pays, ce qui n’est pas le cas actuellement.

c.         De la Commission électorale indépendante

La crise que connaît la Côte d’Ivoire est, avant tout, une crise de confiance sur fond de contentieux électoral. Or, comme le Conseil constitutionnel, la Commission électorale indépendante, dans sa composition, son organisation et son fonctionnement actuels, n’est indépendante que de nom, tant elle est déséquilibrée en faveur d’un camp ! La contention entre le camp présidentiel et l’opposition à propos de la Commission électorale indépendante est de notoriété publique en Côte d’Ivoire.

Si des forces principales de l’opposition exigent que l’organisation du scrutin présidentiel soit confiée aux Nations-Unies, c’est principalement parce qu’elles se sentent flouées d’avance par les actes à venir d’une structure qui ne leur inspire nullement confiance. Ici comme ailleurs, il faudrait qu’un accord minimum, sans faux-fuyant et sans l’intention d’humilier ses adversaires à travers un bras de fer inutile, s’obtienne entre le parti présidentiel et l’opposition. Si cela n’est possible, il nous serait difficile d’user du paravent de la souveraineté nationale pour nous opposer à l’organisation de l’élection présidentielle par les Nations-Unies.

2.         Du désarmement

Depuis l’occupation de la moitié nord du pays, la rébellion armée n’a cessé d’émettre des revendications politiques condamnant les conditions calamiteuses de l’organisation des élections générales de 2000, suite à la transition militaire. Au fil du temps, ces revendications se sont clarifiées pour se focaliser sur l’exigence d’une élection présidentielle ouverte, transparente et équitable en 2005, avec, comme préalable, l’amendement de l’article 35 de la Constitution. En réalité, la rébellion voudrait se donner le rôle d’arbitre de la prochaine élection présidentielle en faisant usage des armes pour s’assurer qu’aucun candidat de poids, principalement M. Alassane Ouattara, n’est  exclu de ce scrutin.

Une telle position --à savoir l’arbitrage du jeu politique par un groupe armé-- est intenable par tout esprit démocratique. Cependant, les valses-hésitations du camp présidentiel sur l’application des accords de Linass-Marcoussis et la reprise des hostilités en novembre dernier, avec la violation du cessez-le-feu par l’Armée nationale, ne font que donner du grain à moudre à tous ceux qui doutent de la volonté du pouvoir ivoirien d’œuvrer  en faveur d’une solution politique au conflit.

A sept mois de l’élection présidentielle, que faire pour que tous les groupes armés, en dehors des forces nationales régulières et des forces internationales, déposent les armes? Pour tout dire, le désarmement des rebelles ne pourrait s’obtenir qu’avec toutes les garanties d’ouverture et de transparence du scrutin présidentiel d’octobre 2005, sinon, ce serait de force  et avec tous les risques que cela comporte. Mais, il faut convenir que le désarmement de la rébellion ne saurait s’accommoder des actes de violence de milices ou groupes armés opérant sur le front Ouest ou à Abidjan. Toutes les factions en armes, en dehors des forces régulières, doivent se soumettre au désarmement.   

3.         L’appui de l’ONU dans l’organisation des élections de 2005    

A défaut de piloter tout le processus électoral du début à la fin, l’ONU, à travers ses structures politiques et techniques de gestion des élections et les unités militaires et de police composant son opération de maintien de la paix, devrait s’impliquer dans les consultations générales à venir. Ceci est l’une des garanties majeures de la crédibilité de ces scrutins, ce qui constituerait un gage de leur acceptation par les différentes parties.

Une fois que les différentes factions en armes sur le territoire national auront été regroupées et désarmées et l’administration nationale redéployée au Nord et à l’Ouest, les forces onusiennes devraient couvrir tout le pays, essentiellement les zones abritant diverses communautés, avant et pendant toutes les opérations électorales, à commencer par l’identification et l’inscription sur les listes électorales. Pour prévenir des actes d’intimidation et de harcèlement des uns sur les autres en vue d’influencer le résultat des élections, toutes les opérations électorales devraient s’accomplir sous la supervision et l’observation des Nations-Unies, si elles ne leur sont confiées entièrement.

De la Namibie au Timor-Leste, les Nations-Unies ont accumulé une expertise et une expérience de conduite d’élections auxquelles les chapelles politiques ivoiriennes doivent  accepter de se soumettre sans complexe, si elles veulent arriver à des consultations électorales transparentes, honnêtes et crédibles. L’argument selon lequel la Côte d’Ivoire a toutes les structures administratives, techniques et les capacités de défense et de sécurité pour conduire seule les élections prochaines n’a aucun poids. Confier entièrement l’organisation des élections générales  à venir aux organes électoraux nationaux tels qu’ils existent actuellement serait une dangereuse fuite en avant.

Notre pays connaît une crise politique et militaire majeure. C’est ce qui justifie la présence sur notre sol de troupes étrangères. Etant donné que les élections générales de cette année sont vues de toutes les parties ivoiriennes comme la solution ultime de la crise, la gestion de celles-ci devrait être appuyée par les forces internationales qui soutiennent notre pays dans sa quête de la paix. Et comme à tout seigneur tout honneur, l’Organisation des Nations-Unies s’impose aux Ivoiriens dans l’organisation des élections générales prochaines.         

               

Emmanuel Y. Boussou

Etats-Unis, 10 mars 2005

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15 septembre 2004

Je suis Candidat

Je suis candidat à la reconstruction de la Côte d’Ivoire, mais pas au poste de Président de la République. Je pourrai, ainsi, contribuer, à mon modeste niveau de citoyen ivoirien ordinaire, au redressement socio-économique, au rééquilibrage psychosociologique et à l’effort d’exorcisme de notre commune Maison Ivoire hantée, envoûtée et lacérée par des contentieux politiques sans fin sur fond d’ambitions personnelles immodérées. Je ferai ce travail loin de la clameur et de la pression d’une responsabilité relevant de la sphère étatique, avec désintéressement et dévouement. Mais, je le ferai sans révisionnisme et sans renoncement de mes convictions politiques.

Je suis candidat à la réconciliation des Ivoiriennes et Ivoiriens instrumentalisés par des coteries politiques pour nourrir des ambitions d’accession et d’exercice du pouvoir. Sans tambour battant, avec abnégation et persévérance, j’écrirai chaque jour un mot  pour exprimer la tolérance, impulser le dialogue et susciter la repentance et le pardon. Plus que toute autre chose, la réconciliation des cœurs et des esprits sera une tâche ardue, mais utile et fera tache d’huile. J’ajouterai ainsi à l’humanité selon le mot d’Edmond About.

Je suis candidat au renforcement de la cohésion nationale des peuples de Côte d’Ivoire écartelés par des attentes divergentes en termes de quête identitaire, mais surtout rongés par des incompréhensions et inimitiés suscitées et entretenues par des chapelles politiques. Je suis également candidat à l’effort de restauration de l’image écornée de la Côte d’Ivoire sur le plan international, dans les cercles diplomatiques et dans les médias internationaux.

Je suis candidat à la quête et à la reconquête de la paix en Côte d’Ivoire; oui, je suis à la recherche inlassable de l’harmonie rompue entre les différentes composantes de la société ivoirienne jadis fraternelle et solidaire.

Qu’une chose soit établie sans équivoque : je ne suis pas candidat au poste de Président de la République. Car pour contribuer  à la construction nationale et au renouveau d’un pacte de solidarité dans notre pays, je n’estime pas qu’il soit nécessairement besoin d’être Président.

Je ne suis pas candidat pour l’honneur ou le confort liés à l’exercice d’une fonction étatique, encore moins pour me constituer une rente sur le dos des populations ivoiriennes croupissant sous le poids d’une pauvreté endémique. Ce n’est pas non plus pour une gloire qui, comme une fleur, sera fanée avec le temps, que je suis candidat.

Je n’ai point d’offense à réparer, d’orgueil blessé à venger. Je ne suis pas candidat pour réhabiliter une famille dans son honneur bafoué, restaurer la couronne confisquée d’une dynastie ou rétablir la prépotence violée d’un clan. 

Mon intention de me porter candidat n’est nullement motivée par une pulsion démagogique de manipulation de mes compatriotes auxquels je ne sollicite  d’ailleurs  aucun suffrage, mais plutôt un état d’esprit susceptible de conduire à la réconciliation.

Je ne me porte pas candidat en vue de la satisfaction d’un ego. Je ne suis à la recherche d’aucune grâce, d’aucune faveur, d’aucune prévenance. Je ne me considère pas comme le plus intelligent, le plus éclairé, le plus vertueux des Ivoiriens pour  prétendre, en timonier, conduire leur destinée.    

Ma candidature résulte du constat fait du champ de ruine qu’est devenu notre pays, de la déchéance dans laquelle la Côte d’Ivoire et ses peuples ont été poussés par la vanité humaine. Elle procède d’un examen de conscience, d’une introspection et d’un acte de contrition à partir des erreurs collectives du peuple ivoirien auquel j’appartiens.

Pour la Présidence de la République, il y a déjà un nombre pléthorique de candidats, alors que, comme le dirait l’autre, il n’existe pas de banc, mais un fauteuil sur lequel ne peut s’asseoir qu’une seule personne. Je leur laisse donc le champ des joutes politiques; qu’ils y jouent les premiers rôles, mais je me réserve le droit, de temps en temps, d’y revenir pour jeter une pierre dans leur jardin.  

Pour l’hypothétique élection présidentielle d’octobre 2005, il y a des candidats naturels, des candidats déclarés, des candidats putatifs, avec chacun un programme de gouvernement mielleux, qu’ils tenteront de nous présenter sous peu. Ces candidats à la candidature seront tous tenus de passer devant le Conseil constitutionnel, s’ils surmontent les obstacles des primaires au sein de leurs partis politiques.

Avec quelle règle de jeu s’engageront-ils dans la compétition électorale, l’ancien article 35 de la Constitution ou une autre version de ce texte constitutionnel ? Quel est le collège électoral qui sera consulté, celui de 2000 avec les ajustements naturels requis par les vicissitudes du temps ou un nouvel électorat gonflé avec les naturalisations suggérées par Linas-Marcoussis ? Quelle est la composition que présentera la Commission électorale indépendante, avec des représentants des mouvements rebelles ou sans ceux-ci ? 

Nul ne saurait se prononcer, à douze mois du scrutin présidentiel de 2005, sur les points essentiels de son organisation matérielle, encore moins sur le désarmement des rebelles qui en constitue le préalable. Pourtant, des candidatures sont annoncées ça et là et les états-majors politiques s’agitent déjà !

Que les candidats à la candidature soient indépendants ou adoubés par une chapelle politique, la scrutation objective ou politiquement motivée de leur dossier par le Conseil constitutionnel donnera certainement lieu à des grincements de dents, éventuellement à des veillées d’armes, probablement à des affrontements, loin desquels je voudrais me tenir.

S’ils pouvaient seulement réfléchir à la manière dont ils peuvent et doivent contribuer à panser les plaies béantes de la crise armée, à juguler les effets dévastateurs de l’occupation de la moitié nord du pays par un groupe armé sans foi ni loi, à atténuer les douleurs dues aux sévices infligés par la rébellion aux civils qui n’ont nullement partie liée avec qui que ce soit dans ce conflit!

S’ils se donnaient du temps pour s’interroger sur le visage hideux et honteux que la Côte d’Ivoire offre aujourd’hui au monde et leur part de responsabilité dans cette déconfiture, quelques-uns d’entre eux réaliseraient finalement que le tout n’est pas d’être président de la République de Côte d’Ivoire ! Ils sauraient indubitablement que le défi majeur auquel la Côte d’Ivoire est confrontée, surtout après cette guerre,  ne porte pas principalement sur le choix de son dirigeant au plus haut niveau, mais sur la réconciliation avec elle-même, le retour aux valeurs cardinales de cette terre marquée du sceau de l’hospitalité, de la fraternité et de l’espérance.

Emmanuel Y. Boussou

Etats-Unis, le 15 septembre 2004

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19 août 2003

Exorciser l'espace public ivoirien 3

3. Les partis politiques et leurs leaderships

 

 

 

“Le poisson pourrit toujours à partir de la tête”

 

 “Toute société humaine sécrète son propre leadership/ Les peuples méritent les dirigeants qu’ils ont”

 

 

Ces deux formules semblent contradictoires. Elles décrivent, cependant, les trames du champ politique ivoirien et se donnent comme la lame de fond de la crise que notre pays vit depuis la disparition du premier président. Le 19 septembre 2002 ne constitue que l’apothéose de cette crise.

 

En réalité, les politiques ivoiriens sont responsables des convulsions socio-politiques qui rongent insidieusement la Côte d’Ivoire depuis une décennie. Mais, s’ils sont responsables au premier degré de cette déchéance, ils n’en sont que co-responsables. Nous sommes tous, individuellement ou collectivement, comptables de la déchirure du tissu social ivoirien.

 

Dans les deux premières parties de cette étude, nous avons tenté de démontrer l’implication de la presse et de la société civile dans la radicalisation du jeu politique ivoirien en mettant en exergue la manipulation de ces structures par les politiques. Plus que la presse et la société civile, d’importants secteurs de la vie publique ivoirienne sont partie prenante de l’animation de l’espace public. Ceux-ci participent, d’une manière ou d’une autre, à son amélioration ou à sa pollution. Un clergé neutre tout comme une armée républicaine ou un système judiciaire équilibré sont des facteurs de renforcement du processus démocratique. Mais, à moins d’établir un diagnostic exhaustif du malade IVOIRE, on ne peut que jeter un regard furtif sur des aspects de l’espace public tout en mettant en veilleuse d’autres.

 

Cette troisième et dernière partie de notre analyse propose d’abord un aperçu du champ politique. Ensuite, quatre partis sont présentés de manière beaucoup plus concrète. Ceci s’entreprend avec, en arrière plan, la perception que nous avons du rôle des mouvements politiques dans le retour à un espace public ivoirien apaisé.

 

 

a. La responsabilité collective des partis politiques dans la crise

 

Chaque parti politique d’envergure a contribué au pourrissement de l’espace public, à travers une forme ou une autre de radicalisation du discours politique, de violence verbale ou physique ou de manque de flexibilité dans sa stratégie de quête ou de maintien du pouvoir politique. L’ensemble de la classe politique ivoirienne a manqué de vision, de générosité et de perspicacité dans la gestion de l’après Houphouët-Boigny. Pour presque tous les grands partis politiques ivoiriens, le leitmotiv est “tout et tout de suite” ou “ôte-toi de là pour que je m’y asseye”. En vue de s’attirer les faveurs de la population, des formations politiques se sont constitué une clientèle qui, malheureusement, tire son essence de relations sentimentales à variables ethniques ou religieuses avec leurs leaders, plus qu’en fonction d’un programme politique.

 

Le plus ancien mouvement sur l’échiquier politique ivoirien, le PDCI-RDA, a, pendant longtemps, cultivé le réflexe de parti unique. Ce faisant, les ajustements qu’appelle le partage de l’espace public avec les autres formations politiques, à partir de 1990, ont été initiés avec flegme, lenteur et hésitation. Par ailleurs, le PDCI-RDA s’est montré intraitable face à certaines revendications de partis d’opposition de l’époque, comme le vote des jeunes de dix-huit ans ou la création d’une structure autonome de gestion du processus électoral.

 

Quant aux leaders de formations politiques se réclamant d’une idéologie de gauche, ils ont refusé, dès le départ, de jouer le rôle de pionnier de l’ancrage démocratique dans notre pays. Ils se sont plutôt préoccupés de l’accession immédiate au pouvoir d’Etat. Bien qu’en toute objectivité, ils ne puissent s’adjuger la majorité présidentielle et parlementaire qu’avec le temps et l’usure du pouvoir qui allait inéluctablement gagner le PDCI-RDA. Aujourd’hui, affirmer que sans un coup d’Etat suivi d’une transition militaro-civile, il est improbable que le FPI occupe la présidence de la République, quelle que soit la garantie de transparence du processus électoral, est un truisme.

 

Les partis issus du PDCI-

RDA

, après le rétablissement du multipartisme en 1990, semblent être frappés d’un défaut congénital, qui inhibe leur implantation sur le territoire national et amenuise leur stature de partis nationaux. Le RDR et l’UPDCI apparaissent comme des chapelles politiques s’étant séparées du PDCI-

RDA

dans le ressentiment. Par ailleurs, ces deux formations politiques semblent avoir été créées pour servir de marchepied à l’ambition politique de leurs leaders. En outre, si tous les grands partis politiques ivoiriens ont un bastion régional, le RDR et le l’UPDCI s’appuient foncièrement sur une base ethnico-religieuse et régionale pour l’un et, pour l’autre, un soutien exclusif de la part de deux groupes ethniques de l’Ouest.

 

En substance, la société ivoirienne est malade des ambitions politiques de ses leaders. Les chapelles politiques ont, il est vrai, certaines plus que d’autres, conduit notre pays dans l’abîme. Dans certains cas, le sentiment national a été exacerbé, quand dans d’autres, une psychose de persécution ethnico-religieuse a été artificiellement entretenue avec un battage médiatique international excessif. Dans un tel décor, quelles perspectives peut-on dégager en vue d’impulser un processus de réconciliation véritable, surtout lorsque le cancer de la rébellion armée s’est incrusté dans la moitié nord du pays ?

 

Avant tout, nous aimerions nous départir de cette tendance qui suggère que tous les leaders politiques ivoiriens actuels soient bannis du jeu politique au profit d’une nouvelle génération de gouvernants. Nous estimons qu’il est prétentieux de vouloir ordonner une conduite à tenir à un pays à propos du choix de ses dirigeants, tout comme il est antidémocratique de contraindre un homme ou une femme, qui remplit les conditions prescrites par la loi pour solliciter du peuple un mandat électif, de renoncer à une ambition politique légitime. Une telle décision relève de l’appréciation individuelle du leader politique ou, tout au moins, de son parti, en tenant compte des lois ivoiriennes. Par ailleurs, le renouvellement de la classe politique d’une nation est un processus historique qu’on ne saurait forcer. A priori, rien ne garantit qu’une autre génération de leaders dans la situation présente saurait donner une impulsion nouvelle au débat national en vue d’inverser diamétralement le cours des choses, tant que la société ivoirienne elle-même ne connaîtra pas de profondes mutations dans sa nature, les principes fondamentaux qui la meuvent et son mode de fonctionnement.

 

 

b. Quelques configurations du champ politique ivoirien

 

 

$ Le FPI

 

Le FPI a, pendant longtemps, incarné l’espoir de la jeunesse et de l’intelligentsia ivoiriennes. Fer de lance du retour au multipartisme en Côte d’Ivoire et du combat démocratique, il est arrivé au pouvoir après une transition militaro-civile chaotique, des élections controversées à candidatures réduites et se soldant par un bain de sang. Les deux ans et demi de gestion de l’Etat par le FPI sont marqués par deux tentatives de coup d’Etat parties de l’extérieur. Le dernier de ces putschs manqués s’est transformé en un affrontement armé avec d’énormes pertes en vies humaines et une partition de fait du pays.

 

Etant aux commandes de l’Etat au moment du déclenchement de la crise, le FPI est, contre son gré, comptable de la gestion de cette guerre qui, du reste, tire en partie son origine des frustrations résultant des alliances nouées et brisées par ce parti et son leader dans leur parcours vers le pouvoir d’Etat. Si les commanditaires du conflit armé indûment engagé contre la Côte d’Ivoire ont des mobiles politiques clairs de leur action, certains de leurs exécutants sont des personnes qui, à un moment ou à un autre, ont côtoyé les dirigeants du FPI et s’en sont séparés sur la base de malentendus. De ce fait, dans le combat qu’ils mènent contre le régime issu du FPI, il y a une dose d’amour-propre et d’orgueil blessé. Or lorsque l’amour-propre et la politique font ménage, c’est la voie tout tracée pour les dérives. Le FPI devrait, par conséquent, faire un examen à froid des causes profondes de la crise et proposer des solutions qui tranchent avec l’approche qui consiste à se décharger sur les autres et à se présenter en éternelle victime.

 

Il est regrettable que l’occasion ne soit offerte au FPI et à sa direction de donner la pleine mesure de ce qu’ils nourrissent comme dessein pour la Côte d’Ivoire. Mais, la gestion de la crise fait partie des actes politiques que les dirigeants d’un pays ne sauraient éviter lorsque cela s’impose à eux. Elle ne devrait pas, cependant, servir de prétexte au parti présidentiel pour s’enfermer dans l’inaction et s’opposer à l’organisation des élections générales de 2005. La situation de ni paix ni guerre que vit le pays est, en toute évidence, la preuve d’un pouvoir central affaibli et d’une autorité contrariée. Le FPI devrait le comprendre pour chercher, avec les autres partis politiques ivoiriens, des solutions idoines de sortie de crise. 

 

Par ailleurs, le FPI, plus que les autres poids lourds de l’échiquier politique ivoirien, devrait, pour réussir la réconciliation, se départir de la logique de parti d’opposition et des réflexes syndicaux. Il faudrait tirer les leçons de la souffrance endurée par des pans entiers de la communauté nationale, en vue de s’engager dans le processus de réconciliation en faisant preuve de bonne foi et en évitant des calculs, des atermoiements ou l’attentisme.

 

 

$ Le PDCI-RDA

 

Malgré le départ de ses rangs de nombreux cadres et militants pour former d’autres partis politiques, le PDCI-RDA semble avoir une implantation plus grande que toute autre formation politique sur le territoire ivoirien. La perte du pouvoir par un coup d’Etat en 1999 a certainement affaibli ce mouvement politique. Cependant, ses victoires au cours des différents scrutins organisés depuis le coup d’Etat confirment qu’il dispose encore d’énormes ressources. Mais, le PDCI-RDA traîne certaines pesanteurs de sa très longue occupation de l’espace public ivoirien. Il lui revient de se projeter dans le futur avec une Côte d’Ivoire qui se transforme à un rythme vertigineux et dont la majeure partie de la population est jeune.

 

A tort ou à raison, ce parti et son leadership sont accusés d’avoir créé les conditions de la crise actuelle par le développement du concept d’ivoirité. Cependant, n’étant pas au pouvoir, encore moins commanditaire de la crise armée que vit la Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA a toute latitude de s’impliquer à fond dans la réconciliation nationale. Par ailleurs, l’expérience que cette formation a de la gestion et de la perte du pouvoir devrait lui servir d’éclairage pour amorcer un exercice de catharsis en vue d’impulser une communion véritable avec les différentes composantes de la société ivoirienne.

 

Pour réussir la réconciliation des cœurs et des esprits avec les Ivoiriens, le PDCI-RDA, tout comme les autres partis politiques, devrait plutôt avoir pour baromètre principal de son action le peuple de Côte d’Ivoire. Les puissances étrangères amies de notre pays peuvent nous accompagner dans le processus de réconciliation. Mais la réconciliation est d’abord une réconciliation des Ivoiriens avec eux-mêmes. On ne saurait la leur imposer. Seule une politique de proximité faite de sagacité et de souplesse pourrait briser le mur de méfiance qui s’est installé entres des communautés ivoiriennes, réduire la peur de l’autre et ramener la concorde progressivement. 

 

 

$ Le RDR

 

Depuis sa création en 1994, le RDR se trouve, de gré ou de force, au devant de la vie publique ivoirienne. Plus que toute autre formation politique, le combat de ce parti semble être noyé dans les contrariétés que rencontre l’ambition politique de son leader vite assimilées au sort des natifs du Nord ivoirien. C’est donc, en toute logique que ceux qui ont pris les armes contre la Côte d’Ivoire se sont saisi de la plate-forme politique du RDR, scandant une rengaine de persécution ethnico-religieuse, brocardant un déni de nationalité et faisant des gorges chaudes à propos d’une exclusion dont seraient victimes des ressortissants du Nord.

 

Contre toute attente, le RDR, prompt d’habitude à s’appuyer sur un réseau de soutien extérieur constitué essentiellement de médias internationaux, n’a pu se départir, comme il se doit, du combat des rebelles mené à coups de canon et de kalachnikov. Avec mollesse, il a émis, certes, des déclarations au début de la crise contre l’attaque armée de la Côte d’Ivoire. Son leadership qui, il est vrai, faisait l’objet de menaces, s’est réfugié à l’étranger et a exprimé des points de vue qu’on pourrait interpréter comme relevant d’une collusion avec les rebelles.

 

Le RDR est l’un des plus grands partis politiques de Côte d’Ivoire. Il a sa place dans l’espace public ivoirien que personne ne saurait lui dénier. Aujourd’hui, il siège, comme les autres mouvements politiques, au gouvernement. Pendant près de dix ans, le RDR a été au centre de toutes les disputes s’exprimant sur le terrain politique ivoirien. Il est temps, pour le leadership de ce parti, de marquer un moment de trêve et de réfléchir à son parcours ainsi qu’à toutes les épreuves que le peuple de Côte d’Ivoire a endurées dans le sillage de sa lutte. On ne le dirait jamais assez: le jeu politique ivoirien devrait être mené, en priorité, en Côte d’Ivoire, avec les Ivoiriens et pour les Ivoiriens sans exclusive. Hors de cette considération, tout n’est que vanité.

 

Dans le processus de réconciliation, le RDR, comme les autres partis politiques, a sa part de sacrifices à faire. Ceci devrait s’entreprendre dans la vérité, l’humilité, la contrition et le pardon. C’est ici, plus qu’ailleurs, que le slogan “Vivre Ensemble” a toute sa symbolique et devrait trouver le champ de sa matérialisation. 

 

 

$ L’UDPCI

 

A notre avis, L’UDPCI ne saurait être considérée comme une grande force de l’espace public ivoirien. Il n’en demeure pas moins que ce parti a un rôle fondamental à jouer dans la quête de la paix et de la concorde entre Ivoiriens, après cette crise sans précédant dans l’histoire de la Côte d’Ivoire.

 

Comme le RDR, l’UDPCI s’est constituée essentiellement autour d’un leader suite à une scission avec le PDCI-RDA. Il regroupe fondamentalement des ressortissants d’une zone donnée du territoire national ivoirien. De plus, son leader ayant été assassiné au début de la crise, des mouvements rebelles se sont créés sous le prétexte de venger sa mort. La suite de désolation dans l’Ouest ivoirien et de division des deux grands groupes ethniques est connue. Cependant, ce qui reste de la direction de l’UDPCI a eu une attitude exemplaire dans la gestion de la crise ivoirienne. L’effort de réconciliation doit être poursuivi avec des actions à la base. 

 

 

Au moment où nous terminons la rédaction de ce texte, des articles de presse font état de signes de tensions socio-politiques de nature à déboucher sur la reprise de la guerre en Côte d’Ivoire. Cela relève-t-il de la sinistrose ou de menaces réelles pesant sur l’équilibre précaire qui prévaut actuellement dans ce pays? 

 

Il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix. En Côte d’Ivoire, plus qu’ailleurs en Afrique, de nombreuses communautés vivent en symbiose depuis des lustres. Ceci a donné lieu à des brassages inextricables. Les ambitions de leaders politiques ne devraient pas constituer des enjeux majeurs avec des conséquences se chiffrant en des centaines de milliers de morts. Si les politiques ivoiriens se soucient de la dignité humaine et du respect auquel tous les êtres humains ont droit, qu’ils appellent tous, de manière sincère et ferme, au désarmement immédiat des rebelles. Avant octobre 2005, le seul combat d’envergure qui mérite d’être mené en Côte d’Ivoire est celui qui porte sur le retour à la paix, au pardon et à la réconciliation. C’est seulement sur ce chapitre que toutes les composantes de la société ivoirienne doivent être charmées par les différentes chapelles politiques.

 

Emmanuel Y. Boussou

Etats-Unis, le 19 août 2003

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11 août 2003

Exorciser l'espace public ivoirien 2

2.    La Societé civile


L’espace public ivoirien est toujours sous la hantise de convulsions socio-politiques, de la perversion du discours politique et d’incertitudes relatives à la tenue de consultations électorales générales en 2005. Des rumeurs de coup d’Etat sont perpétuellement répandues par la presse. Les différentes chapelles politiques et leurs satellites de la société civile se délectent dans la langue de bois et la démagogie sur fond de division entre pro et contre Marcoussis. Il faudrait, pour que la Côte d’Ivoire revienne à elle-même, que le champ politique soit apaisé. Ceci suppose, tout au moins, que les grandes formations politiques revoient leurs positions, relativisent les attentes et aspirations de leurs leaders en termes de gains politiques à court ou à moyen termes. Il faudrait, pour tout dire, redéfinir le contenu de l’espace public ivoirien en le soumettant à un exercice d’exorcisme.

 

Dans la première partie de cette étude, nous avons esquissé une approche critique de l’implication de la presse dans le jeu politique avec les conséquences que cela produit sur la situation générale de détérioration de l’espace public ivoirien. Dire que la presse n’est qu’un maillon des différentes forces en présence dans le champ politique est un fait. Affirmer que son contenu influe sur l’orientation positive ou négative que prend le débat national ivoirien est un truisme! En fait, ce que nous avons tenté de mettre en relief n’est plus ni moins que la manipulation de la presse par les chapelles politiques. Le deuxième point de notre triptyque porte sur les mouvements de la société civile. Le troisième et dernier volet prendra pour objet les partis politiques et leurs leaders. 

 

2. Les mouvements de la société civile

 

Dans tout système démocratique avancé, les mouvements et organisations de la société civile jouent un rôle de régulation sociale. Ils sont organisés sous la forme de groupes de pression et servent de tampon entre les individus et les collectivités, d’une part, et d’autre part, entre les citoyens et l’Etat. Ils assurent également la défense des intérêts des collectivités et individus vis-à-vis des grandes structures formelles de production et d’organisation des biens et services.

 

 Etymologiquement, le terme civil est rattaché au substantif latin civis signifiant citoyen. Il renvoie aux situations relatives aux citoyens (habitants de la Cité grecque, entité fédérale autonome regroupant des tribus sous des institutions politiques et religieuses communes). Aristote utilisa le premier le concept de société civile.  Dans son acception aristotélicienne, la société civile est une communauté politique et éthique de citoyens libres vivant sous un régime de normes, de valeurs et de règles bien définies.

 

Dans son contenu actuel, le terme société civile suggère un ensemble d’organisations sociales mues par des principes de convivialité, de tolérance et d’équité, et ayant pour objectifs premier l’animation de l’espace public. Eléments moteurs du jeu démocratique, les organisations de la société civile sont fondées sur des valeurs qui dérivent des idées générales de liberté et de justice. Elles prennent des formes différentes, sont structurées et fonctionnent selon des modalités diverses.

 

En général, les organisations et mouvements de la société civile ont pour objectif la défense des intérêts de groupes déterminés de la société. Ces intérêts peuvent être d’ordre général ou découler de situations propres à des catégories sociales restreintes. Animées par des principes d’altruisme et d’une probité morale insoupçonnée, les structures de représentation de la société civile jouent le rôle de garde-fou dans le jeu politique, aussi bien que celui de surveillance des systèmes de production, de distribution et de consommation économiques. Ce sont très souvent des structures de représentation corporatistes (syndicats, patronats), les organisations non gouvernementales caritatives, les mouvements de défense des consommateurs, les ligues de défense des droits de l’homme, etc.

 

Les organisations de la société civile font partie des animateurs principaux de l’espace public, tout comme les structures de représentation politique. Cependant, les objectifs, les mobiles et les moyens d’action des deux catégories sociales sont distincts au regard des règles et principes définis par la loi et la pratique dans tout régime politique de type démocratique. Les partis politiques ont pour objectif principal la prise et l’exercice du pouvoir politique, alors que les mouvements de la société civile jouent un rôle de régulation du jeu politique, du système économique et de la paix sociale. Il n’est permis, en principe, aucune collusion, aucun chevauchement et aucune complicité entre ces deux formes d’organisations sociales.

 

En Côte d’Ivoire, la société civile, à l’image de la presse, est compartimentée, écartelée et instrumentalisée par la classe politique. Il y a, par exemple, des syndicats, des organisations non gouvernementales génériques ou de défense de droits humains et des mouvements de jeunes et de femmes hors des structures formelles des chapelles politiques, qui n’en sont pas moins des antennes ou des satellites. Ces mouvements de la société civile sont financièrement soutenus ou même secrétés par des formations politiques, desquelles elles reçoivent et exécutent des mots d’ordre et autres instructions.

 

Que quelques structures de représentation de la société civile se tiennent éloignées des chapelles politiques et se montrent jalouses de leur indépendance d’esprit et d’action ou veuillent se départir de certains partis politiques est un fait ; mais, un fait rarissime dans l’espace public ivoirien. Il est également vrai que la démocratie ivoirienne naissante n’est pas la seule en Afrique et dans le monde où l’on observe le chevauchement entre les formations politiques et les organisations de la société civile. Il y a même des syndicats proches de partis politiques en Europe. Mais, ce qui est ostensible ici, c’est l’ampleur et la permanence de cette collusion. Alors que dans les pays d’Occident les structures de représentation de la société civile et les politiques peuvent avoir des convergences de vue sur un certain nombre de questions et de manière ponctuelle, tout en gardant leur autonomie et caractère propre, ici, c’est presque toujours et sur tout que des ONG, des syndicats et des mouvements de jeunes et de femmes font l’écho aux chants de sirène des politiques. 

 

L’occupation d’une partie du territoire ivoirien par une rébellion armée partie de l’extérieur et la manière dont les accords de Linas-Marcoussis ont été conçus et imposés aux Ivoiriens ont suscité une dynamique de résistance de la société ivoirienne dans presque son entièreté. Il faut dire que sans cette résistante impulsée par des organisations de la société civile, le champ politique ivoirien aurait connu de profonds bouleversements depuis le 19 septembre 2003. 

 

Mais, si au départ un sentiment général nourri de nationalisme et exprimé sous la forme de répulsion de ce qui était apparu comme une violation de la souveraineté nationale ivoirienne habitait la communauté nationale et motivait les manifestations organisées par la société civile sur la partie du territoire national sous contrôle gouvernemental et à l’étranger, il s’est, par la suite, vite trouvé un noyau dur de mouvements de jeunes et de femmes exclusivement à la solde du président de la République et de son parti. Certains de ces groupements ont, depuis lors, fait de la situation de crise que connaît le pays un fonds de commerce politique. Quelques-uns se sont même fait reconnaître comme des groupes ou milices armés, avec toutes les hypothèques que cela fait peser sur la paix civile.

 

N’ayant pas réussi à maintenir sous son contrôle sur la jeunesse estudiantine à travers le défunt Mouvement des Élèves et Etudiants de Côte d’Ivoire (MEECI), le PDCI-RDA garde aujourd’hui un profil bas par rapport à la manipulation des syndicats d’étudiants et d’enseignants, même si quelques groupements sans envergure, comme l’UNESUR, sont de son émanation. Avec la perte du pouvoir en 1999, le PDCI-RDA a vu fondre, comme beurre au soleil, ses efforts de récupération de structures de la société civile matérialisés par les clubs de soutien à son leader. En est-il ainsi des autres mouvements politiques, principalement le FPI et le RDR, ex-alliés du Front républicain devenus depuis janvier 2000 des adversaires inconciliables ? Bien que de grands partis politiques avoueront difficilement leurs rapports incestueux avec des organisations de la société civile, des faits existent, qui témoignent de cette collusion.

 

L’on se rappelle, par exemple, les affrontements entre deux groupes d’étudiants, visiblement proches de deux partis politiques, sur les campus universitaires ivoiriens à propos du contrôle de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). L’école ivoirienne fut, pendant longtemps, un champ de bataille politique dont les protagonistes principaux sont, pour certains, des acteurs ou instruments de la crise armée que notre paix vit douloureusement depuis le 19 septembre 2003. Coïncidence ou fil conducteur des profondeurs de la crise, quelques leaders de groupes de jeunes soutenant le pouvoir et incarnant la résistance citoyenne à l’attaque armée et à ses appuis extérieurs sont, comme l’un des chefs de la rébellion et certains de ses représentants à l’étranger, issus de la FESCI.

 

Il est à noter, au passage, que la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO), le SYNARES, le SYNESCI, Dignité, la FESCI et tant d’autres ont été, pendant longtemps, des officines du FPI et le sont encore, lorsque certains de leurs anciens dirigeants ne sont pas purement et simplement des dignitaires du régime frontiste au pouvoir avant le déclenchement de la crise. Le RDR, pour sa part, a lancé une myriade d’ONG. De plus, le Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH) du juge Epiphane Bi Zoro lui serait obligé. Même hors du pays, il semblerait que les mouvements de solidarité que des Ivoiriens tentent de créer fassent l’objet de tentative de récupération de la part des partis politiques ivoiriens ! 

 

La manipulation de structures de représentation de la société civile par les formations politiques participe de l’infantilisation du peuple ivoirien et contribue à la radicalisation du champ politique. Comme telle, elle se donne comme l’un des inhibiteurs principaux de la maturation politique de la conscience collective ivoirienne. Et ce n’est pas parce que la société civile est en grande partie responsable de l’échec de l’actuelle tentative de mise sous tutelle du pays par des puissances étrangères, à travers l’agression armée et la partition de la Côte d’Ivoire, qu’on ne saurait évoquer son rôle nocif dans le pourrissement de l’espace public ivoirien dont les ennemis des Ivoiriens se sont servis comme prétexte de leur action de déstabilisation.

 

Malheureusement, bien avant la crise actuelle, la société civile ivoirienne s’était déjà laissée prendre en captivité par les partis politiques pour leur servir de bras séculier en vue de se régler des comptes ou s’attirer la sympathie du grand public. Dans l’effort général de construction d’une Côte d’Ivoire nouvelle, tolérante et généreuse, la société civile doit être désenvoûtée, déparasitée et rééquilibrée. Une société civile forte, indépendante des pouvoirs d’argent et des pressions politiques, capable de critiques constructives à l’égard des actions engagées par les formations politiques au pouvoir ou dans l’opposition, est un facteur fondamental de la pratique démocratique. Elle constitue également un puissant antidote de l’intolérance et de la violence procédant de contradictions mal gérées ou de débordements mal contenus du jeu politique dont l’espace public est le terrain de prédilection. 

 

 

Emmanuel Y. Boussou

Etats-Unis, le 11 août 2003 

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06 août 2003

Exorciser l'espace public ivoirien 1

L’espace public ivoirien est toujours sous la hantise de convulsions socio-politiques, de la  perversion du discours politique et d’incertitudes quant à la tenue de consultations électorales régulières en 2005. Des rumeurs de coup d’Etat sont perpétuellement distillées par une presse volontiers partisane, chauvine et excessive. Les différentes chapelles politiques et leurs satellites de la société civile sont englués dans la langue de bois et la démagogie sur fond de division entre pro et contre Marcoussis. Il faudrait, pour que la Côte d’Ivoire revienne à elle-même, revoir les positions, redimensionner les attentes et aspirations en termes de profits politiques à court et/ou à moyen termes pour les uns et pour les autres, redéfinir le contenu de l’espace public ivoirien. En un mot comme en mille, il faudrait exorciser le champ politique ivoirien. Cela suppose des sacrifices à consentir de la part de toutes les parties.

Dans cette première partie d’une observation du champ politique ivoirien, nous aimerions traiter de la situation de la presse en générale et plus particulièrement des titres disponibles sur l’Internet. La deuxième partie de cette analyse portera sur les mouvements de la société civile. Le troisième et dernier volet prendra pour objet les partis politiques et leurs leaders.   

1.         La presse

Pour qu’elle cesse d’être un vecteur d’intolérance, afin de contribuer positivement à l’émancipation de la conscience collective ivoirienne, la presse  nationale  devrait, tout  d’abord, se consacrer entièrement au noble métier d’informer, c’est-à-dire rendre compte de faits, rien que des faits. Il est vrai que la presse d’analyse et d’opinion a sa raison d’être dans notre pays. Mais, les journalistes ne sauraient se substituer aux politiques et aux autres leaders d’opinion que sont les membres du clergé, les responsables des différentes communautés humaines habitant la Côte d’Ivoire et les animateurs de la société civile. La presse partisane, chauvine et intolérante, qui ne voit dans les faits que les aspects favorables à une chapelle politique, se laisse acheter par des acteurs de la vie publique et adopte des positions tranchées et jusqu’au-boustistes,  est une presse qui se discrédite et devient servile, sinon vile et nuisible. Elle abuse de son auditoire et pollue l’espace public avec des conséquences allant de la culture de l’ignorance et de l’incivisme  à l’incitation à l’intolérance et à  la violence.

Un fait s’observe aisément dans l’espace audio-visuel ivoirien: c’est un champ de bataille, en lieu et place d’un cadre d’échange d’idées, de confrontation d’opinions  et d’enrichissement  intellectuel. Alors que les armes ont cessé de tonner sur les différents fronts ouverts par la rébellion politico-militaire à trois têtes sur le territoire national et que le ton est à la réconciliation, c’est un discours manichéen, trivial et démagogique  qui est servi à ceux qui cherchent à s’informer sur la Côte d’Ivoire, que ce soit dans les rédactions des journaux ivoiriens  à Abidjan ou sur l’Internet avec de nouveaux portails comme Ivoire Forum ou Ivoirdiaspo.

En dehors de quelques titres comme Fraternité Matin, Le Temps, le Journal et l’Inter, la plupart des journaux ivoiriens disponibles sur L’Internet ont une chose en commun: un ton guerrier et outrancier, un contenu partial et porté vers l'avanie gratuite et un appel à peine voilé à la reprise des hostilités. C’est comme si les dix mois de conflit armé sanglant ou de situation de ni paix ni guerre n’avaient servi à rien. Et les champions de l’invective, de l’intolérance et de l’extrémisme sont, pour les organes de presse accessibles sur l’Internet, Notre Voie, Ivoire Forum et Le Patriote.   

Les animateurs principaux de la vie publique ivoirienne sont présentés en deux parties par la presse à la solde du Front populaire ivoirien (FPI): il y a, d’un côté, les vendus, les marionnettes de la France, les ennemis de la République ou les prétendus pacifistes voulant imposer la paix par les armes; il y a, de l’autre côté, les véritables patriotes, les défenseurs de la liberté,  de la République et de l’ordre constitutionnel, ceux qui ont pour souci principal l’exigence de construction d’une Nation ivoirienne prospère au profit exclusif des Ivoiriens.

Les pro Marcoussis sont, bien évidemment dans le premier groupe, celui des méchants et des prédateurs, qui rassemble aussi les rebelles et les partis politiques se réclamant de la philosophie politique de Houphouët-Boigny (PDCI, RDR, UDPCI). Le FPI, ses dirigeants ainsi que le Président de la République et les mouvements de la société civile soutenant son régime sont présentés par cette presse comme l’idéalisation ou la perfection du sentiment national.

En revanche, pour les journaux liés au PDCI et au RDR, le Président de la République, son parti politique et les structures de la société civile soutenant son action sont les ennemis de la réconciliation. Ce sont des bellicistes prêts à tout pour se maintenir au pouvoir. Les leaders du RDR et du PDCI seraient des cibles des escadrons de la mort au  service du parti au pouvoir. Linas-Marcoussis et tout ce qui s’y rattache seraient une panacée pour le retour de la paix  et de la prospérité en Côte d’Ivoire.   

Non, le champ politique n’est pas simpliste et linéaire à ce point ! Par ailleurs, personne n’a le monopole de la violence ou l’exclusivité de l’amour de la patrie. Le semblant de paix qui prévaut actuellement dans notre pays devrait être mis à profit par toutes les composantes de la société ivoirienne pour se soumettre à un examen de conscience, briser le mur de la méfiance susceptible de ressusciter les démons de la haine et renforcer la cohésion nationale.

Le jeu consistant à prendre en otage le nationalisme et le patriotisme et à s’en servir comme fonds de commerce politique, par organes de presse interposés, doit cesser. Ce n’est pas en diabolisant les adversaires politiques et en s’engageant dans un effort de sublimation de ses propres actes qu’un mouvement politique conquiert le pouvoir, l’exerce ou s’y maintient. En se prêtant à ce jeu sordide, la presse se fait du tort et plonge la conscience collective ivoirienne dans l’obscurantisme. La presse satellite de partis politiques devrait avoir du respect et de la considération pour l’opinion publique ivoirienne dans son ensemble.

Aujourd’hui plus qu’hier, le défi de la réconciliation est lancé aux Ivoiriens, à tous les Ivoiriens sans exclusive. Pour que nous puissions ensemble aller à la réconciliation nationale et la réussir, la presse ivoirienne doit se réconcilier avec elle-même d’abord et servir de boussole aux autres acteurs de l’espace public ivoirien. Cela exige des professionnels de la presse de se réconcilier avec les valeurs cardinales d’informer, dans le respect du public ivoirien auquel cette presse s’adresse en priorité. Pour ce faire, les hommes et femmes de média ivoiriens doivent revisiter les principes de la déontologie de leur métier. Les journalistes doivent impérativement s’engager dans un exercice d’exorcisme en vue d’assumer, dans la contrition et l’humilité, leur part de responsabilité dans la déchirure du tissu social ivoirien et leur contribution dans l’effort général de construction d’une Nation ouverte, généreuse et porteuse d’espérance auquel tous les Ivoiriens sont appelés.

Emmanuel Y. Boussou       

New York, Etats-Unis le 6 août 2003

Ce texte ne concerne que les organes de presse ivoiriens disponibles sur l'Internet au moment de sa rédaction. Certains de ces titres ont disparu, de nouveaux sont nés. Par ailleurs, les contenus des uns et des autres ont évolué tant bien que mal.

                  

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