J’avais promis écrire, en deux volets, la suite de ma note intitulée : « Reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara en vue de lancer les chantiers de la réconciliation ivoirienne ». Contrairement à ce projet, je me résous à proposer un seul texte. Cet écrit porte sur ce que je considère comme les atouts majeurs de M. Ouattara pour nous conduire à une réconciliation sincère et jeter, ainsi, les jalons de la reconstruction et de la renaissance de la Côte d’Ivoire.

Les leviers dont dispose M. Ouattara, pour permettre aux Ivoiriens de se réconcilier avec eux-mêmes et se rassembler davantage, en vue de rebâtir leur pays, sont de plusieurs ordres. Je voudrais en énumérer quelques uns :

Le plus grand crédit d’Alassane Ouattara, qu’il pourrait mettre au service de la reconstruction de la Côte d’Ivoire, est, sans nul doute, son aura et charisme personnels bâtis pendant une longue et prestigieuse carrière internationale et les années passées auprès de Houphouët-Boigny dont le summum est la primature ivoirienne (1990-1993). Le soutien dont M. Ouattara bénéficie sur le plan international, depuis son élection, en est une preuve. Ceci  constitue une fenêtre de la Côte d’Ivoire sur le monde, à l’heure de la mondialisation.

Le parcours politique de M. Ouattara parsemé d’embuches, d’humiliations et de vexations, avec des tentatives d’assassinat, n’a pas, cependant, été altéré par l’aigreur, la vindicte et l’esprit de revanche. M. Ouattara, souvent éprouvé, cultive la retenue et l’empathie et dégage, autour de lui, une vibration positive de mesure, de pondération et de convivialité, certes avec une force de caractère et de la fermeté, lorsque cela est nécessaire. Il n’en demeure pas moins qu’il reste un homme affable, raffiné et rigoureux. Il s’inscrit, de cette manière, dans le sillage d’Houphouët-Boigny, à la suite de son aîné Henri Konan Bédié.

Alassane Ouattara se définit comme un homme de paix, de rassemblement et d’ouverture. Avant et pendant la campagne présidentielle, M. Ouattara a passé sous silence les meurtrissures qu’il a connues en près de vingt ans, pour ne prôner que la tolérance, la contrition et le pardon. Dans le nord de la Côte d’Ivoire dont il est originaire, précisément à Boundiali, il avait dit qu’il n’était le candidat d’aucune région ou ethnie, mais de toute la Côte d’Ivoire. Par ailleurs, son message était fait d’altruisme et échafaudé autour de thématiques  d’inclusion, de solidarité et de construction, c’est-à-dire orienté vers le futur de la Côte d’Ivoire. Son entente avec Henri Konan Bédié, après de longues années de discorde autour de la gestion de la Côte d’Ivoire, procède du sens de l’Etat des deux hommes, de leur respect des engagements pris et de leur quête de la concorde nationale.   

Le score sans appel de 54% qu’il a réalisé au deuxième tour de l’élection présidentielle est, en soit, la source principale de la légitimité d’Alassane Ouattara. Ce score couvre pratiquement toutes les régions de la Côte d’Ivoire (du nord, du centre, de l’ouest, du sud-ouest et de l’est). C’est uniquement dans les zones du sud, et du centre-ouest que M. Laurent Gbagbo, président sortant, a réalisé une avance sur M. Ouattara, qui n’était massive que dans la région de l’Agneby. Ceci est aussi le résultat du report des voix des partis du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), principalement le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié.

Alassane Ouattara est le symbole d’une frange importante de la société ivoirienne qui, à tort ou à raison, s’est sentie, pendant de longues années, exclue de l’espace public ivoirien ou de participation politique. Etant donné que la rébellion de septembre 2002 avait, en partie, fait des contrariétés subies par le Rassemblement des républicains et son leadership, la justification de la prise des armes, M. Ouattara, plus que tout autre homme politique ivoirien, est susceptible de disposer de l’autorité nécessaire pour réunifier la Côte d’Ivoire, rétablir la confiance entre ses filles et fils et jeter les bases d’un véritable travail de reconstruction du pays.

Avec le RHDP, M. Ouattara a pu, pour le deuxième tour du scrutin présidentiel, s’appuyer sur une forte coalition politique. Cette alliance, qui compte devenir un parti politique unifié, recréera l’idéal de rassemblement, de dialogue et de paix de Félix Houphouët-Boigny. Deux autres forces politiques se sont jointes à M. Ouattara dans le cadre de la campagne du deuxième tour : le Parti ivoirien du travail et l’Union pour la Côte d’Ivoire.

Avec en appoint les cadres de ces formations politiques et l’expérience de la gestion des affaires publiques de M. Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara dispose d’un vivier important de compétences, de talents et de génies issu de tous les horizons du pays  pour le guérir du mal qui le ronge depuis la mort de Félix Houphouët. Mais, plus que tout, l’accession d’Alassane Ouattara à la magistrature suprême de la Côte d’Ivoire permettra aux Ivoiriens de solder leurs vieux comptes avec l’ultranationalisme et le repli identitaire, pour s’ouvrir pleinement sur le monde.

Emmanuel Y. Boussou

11 février 2011