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Le Blog d'Emmanuel Y. Boussou

Espace d'échange d'idées sur la Côte d'Ivoire, sa quête de la paix et son devenir

15 septembre 2004

Je suis Candidat

Je suis candidat à la reconstruction de la Côte d’Ivoire, mais pas au poste de Président de la République. Je pourrai, ainsi, contribuer, à mon modeste niveau de citoyen ivoirien ordinaire, au redressement socio-économique, au rééquilibrage psychosociologique et à l’effort d’exorcisme de notre commune Maison Ivoire hantée, envoûtée et lacérée par des contentieux politiques sans fin sur fond d’ambitions personnelles immodérées. Je ferai ce travail loin de la clameur et de la pression d’une responsabilité relevant de la sphère étatique, avec désintéressement et dévouement. Mais, je le ferai sans révisionnisme et sans renoncement de mes convictions politiques.

Je suis candidat à la réconciliation des Ivoiriennes et Ivoiriens instrumentalisés par des coteries politiques pour nourrir des ambitions d’accession et d’exercice du pouvoir. Sans tambour battant, avec abnégation et persévérance, j’écrirai chaque jour un mot  pour exprimer la tolérance, impulser le dialogue et susciter la repentance et le pardon. Plus que toute autre chose, la réconciliation des cœurs et des esprits sera une tâche ardue, mais utile et fera tache d’huile. J’ajouterai ainsi à l’humanité selon le mot d’Edmond About.

Je suis candidat au renforcement de la cohésion nationale des peuples de Côte d’Ivoire écartelés par des attentes divergentes en termes de quête identitaire, mais surtout rongés par des incompréhensions et inimitiés suscitées et entretenues par des chapelles politiques. Je suis également candidat à l’effort de restauration de l’image écornée de la Côte d’Ivoire sur le plan international, dans les cercles diplomatiques et dans les médias internationaux.

Je suis candidat à la quête et à la reconquête de la paix en Côte d’Ivoire; oui, je suis à la recherche inlassable de l’harmonie rompue entre les différentes composantes de la société ivoirienne jadis fraternelle et solidaire.

Qu’une chose soit établie sans équivoque : je ne suis pas candidat au poste de Président de la République. Car pour contribuer  à la construction nationale et au renouveau d’un pacte de solidarité dans notre pays, je n’estime pas qu’il soit nécessairement besoin d’être Président.

Je ne suis pas candidat pour l’honneur ou le confort liés à l’exercice d’une fonction étatique, encore moins pour me constituer une rente sur le dos des populations ivoiriennes croupissant sous le poids d’une pauvreté endémique. Ce n’est pas non plus pour une gloire qui, comme une fleur, sera fanée avec le temps, que je suis candidat.

Je n’ai point d’offense à réparer, d’orgueil blessé à venger. Je ne suis pas candidat pour réhabiliter une famille dans son honneur bafoué, restaurer la couronne confisquée d’une dynastie ou rétablir la prépotence violée d’un clan. 

Mon intention de me porter candidat n’est nullement motivée par une pulsion démagogique de manipulation de mes compatriotes auxquels je ne sollicite  d’ailleurs  aucun suffrage, mais plutôt un état d’esprit susceptible de conduire à la réconciliation.

Je ne me porte pas candidat en vue de la satisfaction d’un ego. Je ne suis à la recherche d’aucune grâce, d’aucune faveur, d’aucune prévenance. Je ne me considère pas comme le plus intelligent, le plus éclairé, le plus vertueux des Ivoiriens pour  prétendre, en timonier, conduire leur destinée.    

Ma candidature résulte du constat fait du champ de ruine qu’est devenu notre pays, de la déchéance dans laquelle la Côte d’Ivoire et ses peuples ont été poussés par la vanité humaine. Elle procède d’un examen de conscience, d’une introspection et d’un acte de contrition à partir des erreurs collectives du peuple ivoirien auquel j’appartiens.

Pour la Présidence de la République, il y a déjà un nombre pléthorique de candidats, alors que, comme le dirait l’autre, il n’existe pas de banc, mais un fauteuil sur lequel ne peut s’asseoir qu’une seule personne. Je leur laisse donc le champ des joutes politiques; qu’ils y jouent les premiers rôles, mais je me réserve le droit, de temps en temps, d’y revenir pour jeter une pierre dans leur jardin.  

Pour l’hypothétique élection présidentielle d’octobre 2005, il y a des candidats naturels, des candidats déclarés, des candidats putatifs, avec chacun un programme de gouvernement mielleux, qu’ils tenteront de nous présenter sous peu. Ces candidats à la candidature seront tous tenus de passer devant le Conseil constitutionnel, s’ils surmontent les obstacles des primaires au sein de leurs partis politiques.

Avec quelle règle de jeu s’engageront-ils dans la compétition électorale, l’ancien article 35 de la Constitution ou une autre version de ce texte constitutionnel ? Quel est le collège électoral qui sera consulté, celui de 2000 avec les ajustements naturels requis par les vicissitudes du temps ou un nouvel électorat gonflé avec les naturalisations suggérées par Linas-Marcoussis ? Quelle est la composition que présentera la Commission électorale indépendante, avec des représentants des mouvements rebelles ou sans ceux-ci ? 

Nul ne saurait se prononcer, à douze mois du scrutin présidentiel de 2005, sur les points essentiels de son organisation matérielle, encore moins sur le désarmement des rebelles qui en constitue le préalable. Pourtant, des candidatures sont annoncées ça et là et les états-majors politiques s’agitent déjà !

Que les candidats à la candidature soient indépendants ou adoubés par une chapelle politique, la scrutation objective ou politiquement motivée de leur dossier par le Conseil constitutionnel donnera certainement lieu à des grincements de dents, éventuellement à des veillées d’armes, probablement à des affrontements, loin desquels je voudrais me tenir.

S’ils pouvaient seulement réfléchir à la manière dont ils peuvent et doivent contribuer à panser les plaies béantes de la crise armée, à juguler les effets dévastateurs de l’occupation de la moitié nord du pays par un groupe armé sans foi ni loi, à atténuer les douleurs dues aux sévices infligés par la rébellion aux civils qui n’ont nullement partie liée avec qui que ce soit dans ce conflit!

S’ils se donnaient du temps pour s’interroger sur le visage hideux et honteux que la Côte d’Ivoire offre aujourd’hui au monde et leur part de responsabilité dans cette déconfiture, quelques-uns d’entre eux réaliseraient finalement que le tout n’est pas d’être président de la République de Côte d’Ivoire ! Ils sauraient indubitablement que le défi majeur auquel la Côte d’Ivoire est confrontée, surtout après cette guerre,  ne porte pas principalement sur le choix de son dirigeant au plus haut niveau, mais sur la réconciliation avec elle-même, le retour aux valeurs cardinales de cette terre marquée du sceau de l’hospitalité, de la fraternité et de l’espérance.

Emmanuel Y. Boussou

Etats-Unis, le 15 septembre 2004

Posté par manu101 à 04:19 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

salut le candidat à la réconstruction

Boujour Monsieur Que pourrais je vous dire à la suite de la lecture de vos lettres si ce n'est MERCI.

Posté par Munilla, 05 octobre 2007 à 23:41

Salut Munilla

Merci de vos compliments et que l'esprit de réconciliation et de paix, la quête de la tolérance et l'amour guident nos pensées, nos intentions et nos actes.

Avec mes amitiés.

Emmanuel

Posté par Emmanuel, 06 octobre 2007 à 20:13

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